

Sarvagya Sony revient de loin. “Far, far away”, ironise-t-il dans un éclat de rire qui découvre ses dents blanches. Plus exactement d’un petit village près de Chhabra, dans le Rajasthan, à 600 kilomètres au sud de Delhi. Il a fini par s’installer dans la capitale en 2022 pour “trouver des gens comme lui” et exister pleinement. Assis en tailleur sur son lit, entouré d’affiches –du Che, du film Call Me by Your Name, de Queen, etc.–, Sarvagya est inquiet. Les cigarettes s’enchaînent ; parfois, l’une s’éteint entre ses doigts sans qu’il ne s’en aperçoive, emporté par son propre flot de paroles. Il rit pour ne pas pleurer, comme beaucoup d’autres personnes transgenres en Inde depuis que le Parlement a voté, mercredi 25 mars, un projet de loi qui entend leur retirer le droit à l’autodétermination et redéfinir ce qu’est une “personne transgenre”. Être reconnu(e) comme tel(le) ne relèverait plus d’une déclaration, mais d’un passage obligé devant un groupe d’experts médicaux donnant leur approbation ou non. La colère du jeune homme est d’autant plus forte que, sur le papier, l’Inde avait pris de l’avance sur le sujet.



















