

“C’est vrai que, quand j’y réfléchis, ce qui me dérange dans les légumes cuits, c’est ce côté mou dans la bouche. Je ne mange que des légumes crus: petits pois crus, fèves crues, radis ronds roses crus, carottes crues… Dans le concombre, j’aime l’aspect, le croquant, et en même temps, au milieu, il y a une tendresse, ces petits pépins tendres qui viennent mettre un peu d’amour dans ton gosier. C’est comme une petite explosion de fraîcheur. Je ferme les yeux et j’ai l’impression d’être sous une cascade. Dans mon frigo, j’ai une boîte à concombres avec un couteau dedans et, régulièrement, je l’ouvre ; j’en mange tout au long de la journée. Je ne peux pas trop manger le midi, parce que sinon je deviens bête. J’ai un système digestif qui prend le dessus sur tout, donc si je déjeune, j’arrive en répétition, j’ai envie de dormir et je n’arrive plus à réfléchir. Alors ces concombres, ça me permet d’avoir l’impression d’avoir mangé et de m’être désaltérée en même temps, sans passer mon temps à digérer. C’est fabuleux, en plus, parce qu’on peut le manger juste comme ça, ou rajouter du sel et un filet de citron dessus, ça ramène un autre niveau de profondeur. Il y a une fusion, une rencontre gustative entre une certaine douceur et une certaine acidité. D’un coup, il y a deux personnages, et il n’y en a pas un qui prend la place de l’autre. On distingue les deux et on arrive à apprécier les deux ensemble. C’est intéressant.”
















