Epstein, ce que vous n’avez jamais… | Society
Enquête

Epstein, ce que vous n’avez jamais lu

Chapitre 4: Derrière les portes
  • Par Emmanuelle Andreani et Anthony Mansuy
  • 13 min.
  • Non classé
Un homme âgé, avec des cheveux blancs et une barbe, est assis devant un fond coloré. Une autre personne, de dos, semble ajuster une caméra ou un équipement devant lui. Le décor inclut une sculpture en arrière-plan.
 

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Des filles. Des dizaines, des centaines, des milliers de filles. À New York, à Palm Beach, sur Little Saint James et à Paris, où il a acquis en 2001 son appartement du 22, avenue Foch. Le majordome Valdson Vieira Cotrin les voit aller et venir. Il y en a toujours trois ou quatre minimum dans le logement, toutes bien plus jeunes que celui que Valdson appelle encore aujourd’hui “Monsieur” –mais “apparemment majeures”, juge-t-il. Ce sont aussi des filles qui ouvrent la porte de la maison de New York. Elles s’assoient près de Jeffrey Epstein lors de ses réunions avec des banquiers et des célébrités. Elles voyagent avec lui à bord de son jet privé pour rencontrer scientifiques, dirigeants politiques et chefs d’entreprise. Leur omniprésence est telle que plus personne ne semble s’en étonner. Valdson pense qu’elles sont toutes mannequins, car elles sont systématiquement grandes, très minces, très belles, et qu’elles ont souvent des prénoms de l’Est. Et ce sont elles qui lui donnent le plus de travail, car elles occupent les chambres, il faut leur préparer à manger, aller les chercher à l’aéroport et débarrasser après leur départ. Certaines sont présentées au majordome comme des “amies”, d’autres comme des “petites amies” ou des “concubines”. Il y a aussi celles de passage, parfois jusqu’à trois dans la même journée. Elles arrivent, Monsieur s’enferme avec elles dans la salle de massage pendant une heure, et elles repartent. Valdson ne rentre jamais dans la pièce, c’est la première des règles de la maison que lui a signifiées Ghislaine Maxwell lors de sa prise de fonction, en septembre 2001. Les suivantes: ne jamais adresser la parole aux invités ; ne jamais manger devant le patron ; ne jamais poser de questions. Valdson, qui a passé 30 ans de sa vie au service d’ambassadeurs ou de PDG du CAC 40, connaît les excentricités des plus riches et sait que dans ce monde-là, les règles les plus strictes sont celles que l’on ne met pas sur le papier. Alors il les applique. La vie avenue Foch est une valse de portes. Valdson toque, et si ça ne répond pas, il fait demi-tour. Il porte des piles de linge, longe le couloir et, parfois, il entend des bruits. Il continue d’avancer. Valdson ne connaît pas les noms de ces filles, car contrairement à New York, Epstein ne tient pas, avenue Foch, de planning écrit de ses rendez-vous. Mais le majordome a retenu le prénom d’Inès qui, les dernières années, résidait au sixième étage comme lui, et était toujours présente quand Monsieur était à Paris. Et il n’a bien évidemment pas oublié celui de Ghislaine. Il y a aussi les “assistantes”, qui débarquent à chaque séjour d’Epstein et repartent presque toujours avec lui. Celles-ci, à la différence de celles qui ne font que “passer”, lui servent le café, l’accompagnent à ses rendez-vous en ville, lui coupent les ongles, lui massent la tête, lui passent de la pommade sur la peau. Sarah, Adriana, Elina, Jane, Nadia, Svetlana: Valdson confond un peu leurs prénoms, parce qu’elles sont parfois là en même temps et qu’au fil des ans, certaines ont été remplacées par d’autres.

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Society #280

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