

Malgré les quelque 3,5 millions de documents mis en ligne par la justice américaine ces derniers mois, la vie et les crimes de Jeffrey Epstein restent couverts de mystère. Comment est-il devenu richissime? Comment et avec l’aide de quels complices son réseau d’exploitation sexuelle fonctionnait-il vraiment? Comment a-t-il pu recruter et mettre sous emprise des centaines de jeunes femmes et adolescentes? Comment a-t-il pu se retrouver aussi proche de tant de personnes puissantes? Quelle était la vraie place de Paris dans son système? Et pourquoi les rares personnes à avoir dénoncé ce qu’il se passait n’ont-elles pas été écoutées pendant si longtemps? Après huit mois d’enquête, Society livre les réponses.
Le matin du lundi 26 juillet 2010, alors que Paris s’éveille dans la torpeur estivale et achève peu à peu de se vider de ses résidents, le plus grand prédateur sexuel de l’histoire des États-Unis s’octroie le plaisir rare d’une grasse matinée. Enfoui sous les draps de son immense lit de deux mètres sur deux, Jeffrey Epstein somnole, l’esprit tranquille. À travers les rideaux de sa chambre, on peut deviner le soleil qui tente difficilement de se faire une place dans un ciel tirant plutôt vers le gris. Le milliardaire américain, lui, envisage cette journée, ainsi que toutes celles à venir, sans aucun nuage à l’horizon. Condamné deux ans plus tôt en Floride, où il a effectué une peine de prison –18 mois, réduits à treize–, assortie d’une assignation à résidence, il a mis le cap sur la France à peine trois jours après avoir été libéré. En arrivant dans son appartement parisien, au 22, avenue Foch, cette grande avenue verdoyante qui descend depuis l’Arc de triomphe, il a été soulagé de constater que rien n’avait changé en son absence: tout était à sa place dans les quelque 800 mètres carrés de la demeure entretenue avec soin par son fidèle majordome, Valdson Vieira Cotrin. Une collation légère l’attendait ; des chambres avaient été préparées pour les quatre jeunes femmes qui l’ont accompagné dans son avion depuis New York. Lui a évidemment retrouvé la sienne, dans laquelle il a dormi comme toujours seul et entièrement nu, malgré la fraîcheur de la pièce –c’est une des règles, strictes et immuables, que Jeffrey Epstein a imposées durant toute sa vie dans ses multiples résidences: jamais la température ne doit dépasser 18°C.
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