

Dominique de Villepin aime à dire qu’“un politique avec une plume pour lui écrire ses discours, c’est un politique qui ne travaille pas”, raison pour laquelle il écrit lui‑même les siens, fruits de longues journées de labeur. Aucun autre style que son style n’aurait, de toute façon, grâce à ses yeux. À Caen, dans le Calvados, le vendredi 10 avril dernier, il s’est donc occupé personnellement de son homélie du jour, qu’il a voulue grande, comme d’habitude. Il l’a ensuite imprimée sur des feuilles soigneusement rangées dans un grand classeur vert, qu’il a confié au seul homme à qui il fasse réellement confiance sur le terrain: son officier de sécurité personnel. Personne ne peut y toucher. “Il est conservé comme le secret des dieux, raconte un proche. Si on a l’outrecuidance de lui proposer une formulation… Les mots, c’est lui.” À 10h, alors qu’il s’avance vers la scène du Forum mondial Normandie pour la Paix, deux jours de conférences annuelles pour deviser sur l’état du globe, le patron demande son discours à celui à qui il l’a confié, une routine qu’ils ont répétée des milliers de fois: l’agent le lui tend par l’arrière, et lui s’en saisit sans un regard, comme un passage de relais dans une finale du 4x100m. L’ancien Premier ministre doit ouvrir le bal dans la salle plénière, une grande tente érigée au milieu des jardins de l’abbaye aux Dames, remplie à ras bord de 1 200 lycéens et seniors entassés sur des sièges en plastique, mêlant buzzcuts et cheveux blancs. Trente minutes de discours sont prévues sur un thème qu’il maîtrise à la perfection: “Comment sauver le droit international?”

















