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Imaginez d’abord le cadre. Paris, années 1980, dans le “Triangle d’or” formé par trois avenues –Montaigne, George-V et Champs-Élysées– qui délimitent un noyau de luxe sur lequel la ville a construit sa réputation de capitale de la mode. Ce monde exclusif s’il en est vit alors une révolution. Jusqu’ici aux mains d’agences familiales dirigées par des mères poules qui traitaient les “filles” comme les leurs, l’industrie du mannequinat a vu arriver des acteurs d’un nouveau genre. En 1972, le flamboyant John Casablancas, héritier d’une riche famille d’industriels, débarqué de New York, a ouvert Elite Model Management avenue Montaigne. Ses méthodes sont agressives, sa communication aussi: Elite ne prend que les meilleures et leur promet des carrières internationales. Le succès est immédiat. En quelques années, Paris devient le théâtre d’une guerre sans merci. C’est l’ère de ceux que l’on appelle “les play-boys”, toujours entre deux avions, qui reviennent à Paris avec des grappes de filles étrangères aux bras et se les disputent chez Régine et chez Castel. Les rivaux de Casablancas s’appellent Gérald Marie, qui est alors en train de gravir les échelons chez Paris Planning, Claude Haddad, chez Mademoiselle Prestige, et Jean-Luc Brunel, chez Karin Models. La nuit, on les trouve aux Bains Douches, au Palace, au Privé ou à L’Apocalypse, à une table VIP, toujours entourés d’une nuée de mannequins que l’on a laissées entrer sans faire la queue, et sans payer. Ces golden-boys, qui règnent sur un business en plein essor, n’hésitent pas à jouer de leur statut afin d’obtenir les faveurs sexuelles de leurs “protégées” –en réalité, des jeunes filles esseulées dans la capitale et entièrement à leur merci. Brunel, Haddad, Casablancas, Marie, s’en cachent à peine. Au contraire, ils jouissent d’une aura telle qu’ils attirent dans leur sillage toute une faune d’hommes fortunés rêvant, eux aussi, de se “taper des mannequins”.
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