

Parmi tous les effets de la guerre, il y a celui-ci: des gens mis à des endroits où ils n’étaient pas censés être. Des innocents en prison. Des sportifs à l’hôpital. Des employés de banque au fond d’une tranchée. Plusieurs autres exemples étaient réunis à l’automne dernier dans une salle de l’ambassade d’Ukraine à Paris. Le premier se nomme Volodymyr Zelensky. Né en 1978 dans la ville très soviétique et russophone de Kryvyï Rih, humoriste ayant passé une large partie de sa carrière en Russie, on peut imaginer que sans le conflit déclenché en 2014, Zelensky ne serait pas devenu le président de l’Ukraine en 2019, et encore moins le plus grand symbole de l’opposition à Vladimir Poutine. Par effet boule de neige, il n’aurait pas non plus visité Kherson le 11 novembre 2025, trois ans jour pour jour après la libération de la ville par l’armée ukrainienne. Il n’aurait pas distribué de médailles aux héros qui la défendent face aux assauts des Russes et n’aurait pas visité l’hôpital souterrain ni le centre pour enfants. En sortant, il n’aurait pas regardé en l’air pour constater qu’une grande partie des rues de la ville sont désormais encadrées de filets protégeant les habitants des attaques de drones, et n’aurait pas demandé d’où viennent ces étranges systèmes de défense. On ne lui aurait donc pas répondu qu’ils ont été envoyés par des pêcheurs bretons, et il n’aurait pas demandé à rencontrer lesdits pêcheurs lors de sa visite en France, prévue quelques jours plus tard. Par ricochet, Gérard Le Duff et Christian Abaziou ne se seraient donc pas retrouvés à l’ambassade d’Ukraine, à lui serrer la main, le 17 novembre dernier.

















