

Trois ans après Testosterror, ta nouvelle BD, Procreator, en reprend les personnages et la thématique de la masculinité toxique. Tu n’avais pas tout dit? Il y a toujours quelque chose à dire autour de la masculinité. On ne peut pas s’en débarrasser en disant qu’on a traité des mascus ou du post‑#MeToo, et que ça suffit. Cette fois, le point de départ a été l’intervention de Macron sur le réarmement démographique, en 2024. À l’époque, j’avais lâché Testosterror et je travaillais sur Deux Filles nues. J’étais dans les nazis, les nazis, les nazis. Mais quand j’ai entendu cette connerie, j’ai pensé qu’il y avait encore un domaine d’exploration possible. Ça coïncidait aussi avec le moment où les masculinistes sont arrivés au pouvoir aux États‑Unis. Ce sont des gens très obsédés par la civilisation. Elon Musk, par exemple, est obnubilé par la procréation. Je crois qu’il a genre quatorze enfants. Moins un, parce qu’il y en a un qui est mort. Dans cette ambiance, une image m’est venue en tête: un milliardaire qui aurait une collection géante de spermatozoïdes.
Tu es dans une démarche militante? Je ne sais pas. À la base de Testosterror, il y avait quelque chose de très personnel, mais qui était peut‑être militant dans le sens où c’était la première fois qu’un homme disait dans une BD: ‘Je pointe du doigt quelque chose qui, dans mon genre, ne me convient pas.’ Enfin, à ma connaissance. J’essayais, pas forcément de déconstruire, mais de dessouder le monstre de l’intérieur.

















