

C’est sur le parking du Palais des sports de Dreux, en Eure-et-Loir, entre les quelques voitures qui occupent le bitume, que le deal commence. Stéphanie, 56 ans, Armelle, 57 ans, et Cassie, 72 ans, se font la bise, puis se mettent à pianoter sur leurs téléphones. Malgré le soleil, certes timide, toutes les trois sont emmitouflées dans une doudoune, écharpe autour du cou. Leurs gestes sont méthodiques, presque réglés comme des pendules. Elles ont beau n’être que trois, sept téléphones sont posés en équilibre dans leurs paumes de main asséchées par l’hiver. Quelques minutes plus tard, les yeux rivés sur leurs petits écrans, elles s’engagent sur un chemin tout tracé vers le centre-ville. D’abord le sentier de randonnée urbaine, puis le marché couvert, et enfin le beffroi. Ou plutôt le “coffre”, comme elles l’appellent. Un nom de code non pas inspiré d’un film de gangsters, mais du PokéStop niché à l’entrée de la tour municipale surplombant la place Métézeau. Stéphanie le désigne du doigt avec la fierté d’une connaisseuse. Bienvenue dans Pokémon GO, comme en 2016. “C’était LE jeu, se remémore-t-elle. On était à Royan, à la mer, et tout le monde jouait à ça. Les ados y ont converti leurs parents et, à la fin de l’été, ils ont arrêté. Sauf que les adultes, eux, ont continué.”















