La vie, après | Society
Témoignage

La vie, après

Eric Ouzounian a perdu sa fille de 17 ans, Lola, le 13 novembre 2015 au Bataclan. Il aurait pu mourir sur place avec elle, il aurait pu se laisser mourir de chagrin après. Dix ans plus tard, il est toujours là. Il raconte comment il n'a pas sombré.
  • Par Anthony Mansuy / Photos: Julien Liénard
  • 23 min.
  • Témoignage
Un homme est assis sur un fauteuil dans une pièce avec une bibliothèque remplie de livres. Il porte un pull noir et semble pensif. Derrière lui, un bureau avec un ordinateur portable et une lampe allumée.
 Photos : Julien Liénard

Il vit “dans les ruines”. C’est une phrase qu’il laisse parfois tomber au détour d’une conversation. Ces dix dernières années, Eric Ouzounian aurait pu -ou dû- mourir deux fois. Une première fois au Bataclan, une seconde fois dans le chagrin. Le 13 novembre 2015, il a emmené sa fille, Lola, 17 ans, au concert des Eagles of Death Metal. Il en est revenu sans elle. En cet après-midi pluvieux d’octobre 2025, Eric Ouzounian n’a pourtant rien d’une ruine. Il a 60 ans et le temps qui passe le voûte certes peu à peu, mais ses yeux sont vifs et sa bouche, trébuchet à blagues et autres grivoiseries, toujours sarcastique. Il enseigne à l’ISCPA Paris, une école de journalisme, où il forme des étudiants depuis 21 ans. On l’y entend souvent pester contre la bureaucratisation de l’enseignement, les demandes absurdes des RH ou la qualité du travail des nouveaux venus, mais en ce jour de rentrée universitaire, c’est de bonne humeur qu’il commande son premier verre de rouge. Les étudiants de première année lui ont plu. “Peut-être qu’on arrivera à allumer une petite loupiote au fond de leurs yeux”, dit-il dans un sourire. Même si c’est de moins en moins souvent le cas ces dernières années, certains franchiront peut-être la frontière entre le statut d’étudiant(e) et celui d’ami(e). Et ils apprendront vite que chez Eric, il n’y a qu’une règle: si on s’attable, c’est pour refaire le monde en zigzaguant entre la fumée de cigarette, les bouteilles de gamay, les livres et les vinyles. De rock souvent, de blues et de jazz parfois, mais jamais de variété ni de pop. Eric Ouzounian était journaliste rock dans les années 1990, quand ça comptait encore un peu, à la rédaction de Best, le grand concurrent de Rock & Folk. Il porte plus rarement son blouson en cuir et ses boots en daim qu’à l’époque où il interviewait des rock stars, mais les riffs résonnent encore à l’intérieur de cet homme. Les bonnes vannes esprit Canard enchaîné ou Hara-Kiri aussi. Il aime autant les spaghetti alla puttanesca que dérouler le récit de leur origine -très certainement légendaire-dans les bordels napolitains.

13 novembre 2015

Illustration pour Le bruit des bombes
PARIS, FRANCE - NOVEMBER 13: Spectators wait on the pitch during the International Friendly games between France and Germany at Stade de France on November 13, 2015 in Paris, France. Fans were allowed on the field following an explosion outside the Stadium and attacks across Paris claiming the lives of 137 people. (Photo by Xavier Laine/Getty Images)

Le bruit des bombes

Joueurs, politiques, techniciens, supporters... Ils étaient au Stade de France pour le match France‑Allemagne du 13 novembre 2015, ils racontent.

Society #268

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