Rester vivantes | Society
Témoignages

Rester vivantes

Ambre, Camille, Elinor, Magali. Elles Ă©taient toutes les quatre invitĂ©es au mĂȘme anniversaire le 13 novembre 2015 à La Belle Équipe, l'un des lieux attaquĂ©s ce soir-lĂ . Elles ont toutes les quatre survĂ©cu. Sept ans plus tard, alors que le temps de la justice est passĂ© et que les attentats ont disparu de la une des journaux, elles racontent comment elles se sont perdues de vue, retrouvĂ©es, reconstruites. Chacune de leur cĂŽtĂ©, et ensemble.
  • Par Lucas Duvernet-Coppola et StĂ©phane RĂ©gy
  • 48 min.
  • Grands rĂ©cits
Deux personnes sont assises dans un cafĂ© ou un restaurant Ă©lĂ©gant. L'une porte un manteau Ă  motif lĂ©opard et l'autre un vĂȘtement bleu. L'ambiance est chaleureuse avec des lumiĂšres douces et des miroirs ornĂ©s.
 Photos: Julien Lienard

Lorsqu’en juillet 2014, il avait rachetĂ© un vieux rade de la rue de Charonne pour en faire La Belle Équipe, c’est elle que GrĂ©gory Reibenberg avait choisie comme bras droit. Elinor, une ancienne serveuse, s’occuperait dĂ©sormais de l’administratif, des factures, du concret – tout ce sans quoi l’édifice s’écroule. Pour Elinor, ce n’était qu’une Ă©tape de plus. Les études qu’elle poursuivait en parallĂšle la mĂšneraient un jour, c’était son but, Ă  travailler dans les relations internationales.

Quand l’automne 2015 était arrivĂ©, elle pensait que le moment de passer Ă  autre chose Ă©tait peut-ĂȘtre venu. Cela ne changerait rien aux liens qu’elle avait nouĂ©s: bien sĂ»r qu’Elinor avait prĂ©vu d’ĂȘtre Ă  La Belle Équipe, ce 13 novembre, pour fĂȘter les 35 ans d’Hodda, la gĂ©rante du lieu. La plupart des invitĂ©s Ă©taient ses amis, les autres Ă©taient des amis de ses amis. En arrivant, le hasard l’avait fait s’asseoir Ă  cĂŽtĂ© de Magali, qu’elle n’avait jusqu’ici qu’aperçue ici ou lĂ , et les deux femmes avaient discutĂ© en picorant dans la mĂȘme assiette. Puis Elinor, fatiguĂ©e, avait dĂ©cidĂ© de rentrer chez elle. En allant rĂ©cupĂ©rer son sac Ă  l’intĂ©rieur, elle Ă©tait passĂ©e au niveau de Camille, restĂ©e au comptoir parce que son plat venait d’arriver. Ambre, l’une des trois serveuses de la soirĂ©e, avait mis la main sur le sac et s’apprĂȘtait Ă  le lui rendre. Il Ă©tait 21h36. Tout le monde sait ce qui s’est passĂ© ensuite.

Elinor, Magali, Camille et Ambre font partie de celles qui ont survĂ©cu. Sept ans plus tard, les quatre femmes, comme les autres survivants de la rue de Charonne ce soir-lĂ , sont devenues pour le pays “les rescapĂ©es de La Belle Équipe”. Sept ans durant lesquels elles ont vu les mĂ©dias du monde entier frapper Ă  leur porte, d’autres survivants devenir des figures publiques, des politiques les Ă©treindre, leur histoire intime devenir l’histoire de France.
Chacune Ă  leur maniĂšre, elles se sont longtemps tenues Ă  l’écart. Elinor appelle ça “faire profil bas”. Il est arrivĂ© qu’elles se perdent de vue, qu’elles se retrouvent, et s’éloignent Ă  nouveau mais, loin des journaux et des associations, un lien a toujours existĂ© entre elles. Un message, un coup de fil, un commentaire sur les rĂ©seaux, une façon comme une autre d’espĂ©rer que l’autre tient bon.
Cette annĂ©e 2022, tout de mĂȘme, a Ă©tĂ© particuliĂšre. La fin du procĂšs, le 29 juin dernier, a mis un point final officiel Ă  toutes les questions judiciaires entourant le 13-Novembre. Puis, Ă  la rentrĂ©e, sont venus Novembre, Revoir Paris et Vous n’aurez pas ma haine, trois films “inspirĂ©s” par les attaques, comme si le temps de la justice clos, celui de la fiction pouvait dĂ©sormais dĂ©marrer.

Elinor, Magali, Camille et Ambre n’étaient pas encore prĂȘtes Ă  voir une partie de leur vie Ă  l’écran. Aucune d’elle n’est allĂ©e les voir au cinĂ©ma. Elles n’ont pas eu besoin de ça pour se rendre compte qu’une page Ă©tait peut-ĂȘtre en train de se tourner dans le rapport du pays avec les attaques terroristes les plus meurtriĂšres perpĂ©trĂ©es sur son sol. C’est en partie pour cela qu’elles ont acceptĂ© de raconter ce qui les a menĂ©es jusque dans cette histoire, et ce qu’elles ont traversĂ© depuis.

13 novembre 2015

Illustration pour Le bruit des bombes
PARIS, FRANCE - NOVEMBER 13: Spectators wait on the pitch during the International Friendly games between France and Germany at Stade de France on November 13, 2015 in Paris, France. Fans were allowed on the field following an explosion outside the Stadium and attacks across Paris claiming the lives of 137 people. (Photo by Xavier Laine/Getty Images)

Le bruit des bombes

Joueurs, politiques, techniciens, supporters... Ils Ă©taient au Stade de France pour le match France‑Allemagne du 13 novembre 2015, ils racontent.

Society #195

À lire aussi

L'intégrale du dossier Epstein

Commandez les deux numéros de Society sur notre boutique