L’usurpateur du Bataclan | Society
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L’usurpateur du Bataclan

Pendant trois ans, Jean-Luc Batisse, 29 ans, a menti à ses proches, instrumentalisé la douleur des familles et escroqué les institutions en se faisant passer pour une victime des attentats du Bataclan. Son cas était jugé le 12 mars 2019 au tribunal de grande instance de Créteil.
Un homme de 29 ans a trompĂ© ses proches et les institutions en prĂ©tendant ĂȘtre une victime des attentats du Bataclan, manipulant ainsi la douleur des familles. Son cas a Ă©tĂ© jugĂ© le 12 mars 2019 Ă  CrĂ©teil.
 
  • Par HĂ©lĂšne Coutard
  • 11 min.
  • Portrait

C’était presque imperceptible, pourtant tout le monde a entendu le silence changer de ton. Sans un bruit, l’audience a retenu son souffle, avant de pousser un soupir teintĂ© de colĂšre qui rebondit Ă  prĂ©sent sur le mobilier moquettĂ© de la petite salle d’audience du tribunal de grande instance de CrĂ©teil. “À sa meilleure amie, il a dit qu’il avait vu la peur dans le regard d’Anne”, raconte avec la gorge serrĂ©e Renaud, le grand frĂšre de cette jeune femme de 29 ans dĂ©cĂ©dĂ©e au Bataclan le soir du 13 novembre 2015 avec son mari, Pierre-Yves. “Il” n’est qu’à trois mĂštres, entourĂ© de vitres en plastique. VĂȘtu d’un jean et d’une chemise Ă  carreaux, il regarde et Ă©coute sans vraiment regarder ni Ă©couter. Jean-Luc Batisse, visage rond d’ado joueur de rugby, ne connaissait pas Anne ni son mari. Jean-Luc n’a rien vu dans son regard, car il n’était pas au Bataclan. D’ailleurs, il n’a jamais mis les pieds dans la salle de concert et ne vivait mĂȘme pas, le soir des attentats, dans la capitale. Partie civile, Renaud finit son intervention Ă  la barre en dĂ©clarant: “Un coup de tĂȘte ne dure pas trois ans.” Trois ans, c’est le temps qu’il a fallu pour s’apercevoir que Jean-Luc Batisse n’était pas une victime, et que de dĂ©cembre 2015 à janvier 2019, il avait menti Ă  tous ceux qu’il avait croisĂ©s sur son chemin: Ă  ses proches, Ă  de vraies victimes, aux institutions, aux associations. Ramassant au passage plus de 77 000 euros. Le “coup de tĂȘte” sur lequel repose la dĂ©fense du jeune homme est censĂ© avoir eu lieu au lendemain des attentats. Le soir du 13 novembre, il est dans sa chambre, Ă  Nancy, quand il reçoit l’alerte dĂ©clenchĂ©e par Facebook. Sur le rĂ©seau social, il voit rapidement le message d’un certain Chris. Cet “ami virtuel”, qu’il ne connaĂźt pas mais qui pratique le mĂȘme sport que lui, tente d’avoir des nouvelles d’Anne et de Pierre-Yves. “J’ai voulu l’aider, car il habite Ă  La RĂ©union et avec le dĂ©calage horaire, il avait du mal Ă  avoir des informations. Je lui ai donnĂ© le numĂ©ro vert pour qu’il appelle, explique-t-il en bafouillant, avant d’ajouter prĂ©cipitamment: Je suis comme ça, moi, j’aime aider les gens.”

13 novembre 2015

Illustration pour Le bruit des bombes
PARIS, FRANCE - NOVEMBER 13: Spectators wait on the pitch during the International Friendly games between France and Germany at Stade de France on November 13, 2015 in Paris, France. Fans were allowed on the field following an explosion outside the Stadium and attacks across Paris claiming the lives of 137 people. (Photo by Xavier Laine/Getty Images)

Le bruit des bombes

Joueurs, politiques, techniciens, supporters... Ils Ă©taient au Stade de France pour le match France‑Allemagne du 13 novembre 2015, ils racontent.

Society #102

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