Deux frĂšres | Society
Reportage

Deux frĂšres

Fin septembre, en Serbie, avaient lieu les championnats du monde de chessboxing, l'Ă©trange discipline qui mĂȘle Ă©checs et boxe anglaise. Maxime Gleizes y est allĂ© pour prendre des coups et faire rĂ©sonner le nom de son frĂšre, Christophe, injustement emprisonnĂ© en AlgĂ©rie.
Un vĂȘtement avec l'inscription "#FREE GLEIZES" en rouge et bleu sur fond blanc.
 Photos: Renaud Bouchez
  • Marc Hervez, Ă  Loznica (Serbie) / Photos: Renaud Bouchez
  • 11 min.
  • Reportage

Il porte des bottines avec un bas de survĂȘtement, mais ce n’est pas ce qui interpelle le plus lorsqu’on le croise Ă  la machine Ă  cafĂ© du hall d’embarquement du Terminal 2D de l’aĂ©roport Paris-Charles de Gaulle, Ă  Roissy. Maxime Gleizes prĂ©sente une attelle au majeur de sa main droite. Les risques de son mĂ©tier de comĂ©dien. “Je me suis fait ça la semaine derniĂšre, lors d’une reprĂ©sentation, recontextualise-t-il. Mon partenaire Ă©tait censĂ© me frapper avec un gant de boxe. Je me suis tordu le doigt sur le coup. Rien de cassĂ©, mais quelle ironie!” C’est le mot, en effet, puisque dans quelques minutes, le jeune homme de 34 ans s’envolera vers Belgrade, avant de rallier Loznica, une modeste ville de 20 000 habitants Ă  la frontiĂšre entre la Serbie et la Bosnie, pour participer, avec l’équipe de France, aux championnats du monde de chessboxing. Un sport hybride qui alterne parties d’échecs et rounds de boxe de trois minutes chacun, et dont on sort vainqueur(e) en montrant une supĂ©rioritĂ© sur l’échiquier (par Ă©chec et mat ou manque de temps de l’adversaire) ou sur le ring (par KO, abandon ou dĂ©cision de l’arbitre, par exemple en cas de countdowns trop rapprochĂ©s ou de saignements rĂ©pĂ©tĂ©s). Tous les ingrĂ©dients sont rĂ©unis pour donner lieu Ă  des combats Ă©piques: un(e) athlĂšte moins fort(e) Ă  la boxe a tout intĂ©rĂȘt Ă  attaquer le roi adverse avec panache, un(e) joueur(se) dans une position inconfortable sur l’échiquier doit faire le dos rond avant de tout miser sur son uppercut, tandis que les coups reçus et le cardio consommĂ© sur le ring altĂšrent forcĂ©ment la luciditĂ© des chessboxeurs Ă  leur retour devant les 64 cases. Bien qu’encore amateure, la discipline se pratique sans casque. Alors, dans l’optique d’affronter des molosses venus de contrĂ©es oĂč les Ă©checs sont une discipline scolaire et la baston un exercice maĂźtrisĂ©, mieux vaut s’assurer d’avoir la main en bon Ă©tat. “Ça va mieux depuis ce matin , rassure Maxime, qui s’alignera chez les moins de 85 kilos. La flexibilitĂ© de mon doigt est revenue, comme un signe du ciel. De toute façon, je ne peux pas faire machine arriĂšre. Je fais ça avant tout pour mon frĂšre.” Car Maxime est de deux ans le cadet de Christophe Gleizes, reporter pour So Foot et Society , condamnĂ© injustement Ă  sept ans de prison en AlgĂ©rie l’étĂ© dernier, aprĂšs avoir vĂ©cu plus d’un an sous contrĂŽle judiciaire entre Alger et Tizi Ouzou.

Society #266

À lire aussi

L'intégrale du dossier Epstein

Commandez les deux numéros de Society sur notre boutique