Prison Airbnb | Society
Reportage

Prison Airbnb

Les prisons sont surpeuplĂ©es? Pas de problĂšme, l’Estonie est lĂ . ConsĂ©quence d’une criminalitĂ© quasi nulle, ses pĂ©nitenciers se retrouvent Ă  moitiĂ© vides. Le pays met donc des cellules en location. La SuĂšde va y expĂ©dier des dĂ©tenus, les Pays-Bas et le Royaume-Uni pourraient suivre. Avant la France bientĂŽt?
  • Par Pierre-Philippe Berson, Ă  Tallinn, Varnja et Tartu / Photos: Heikki Leis
  • 15 min.
  • Reportage
Un homme en uniforme de gardien de prison se tient dans un couloir avec des portes de cellules violettes.
 Photos: Heikki Leis

Les bruits d’une prison sont dĂ©sagrĂ©ables et anxiogĂšnes pour la plupart des gens, mais pour Konstantin Nikiforov, ils composent une mĂ©lodie plaisante. Le claquement des portes mĂ©talliques, le crĂ©pitement des talkies-walkies, le cliquetis des clĂ©s, les cris des dĂ©tenus, leurs demandes, leurs insultes et, plus rarement, leurs rires, forment une symphonie que ce gardien de 39 ans a fini par apprĂ©cier. Il y a 20 ans, il a Ă©tĂ© embauchĂ© Ă  la prison de Tartu, ville dans l’est de l’Estonie, affectĂ© au bĂątiment E, celui des mineurs. L’aile la plus bruyante, la plus mouvementĂ©e aussi. Un dĂ©tenu l’a dĂ©jĂ  mordu Ă  l’avant-bras, un autre l’a menacĂ© avec une lame de rasoir. Et pourtant, “quand il y a du bruit, ça veut dire que ça va”, professe-t-il en replaçant sa cravate sur sa chemise d’uniforme. Depuis l’étĂ© dernier, le tapage a cessĂ©. Le bĂątiment E est devenu silencieux. Pour cause, il est dĂ©sert. Ses 600 cellules n’ont plus personne Ă  enfermer, de colĂšre Ă  Ă©touffer ni de tristesse Ă  cacher. Alors, Konstantin Nikiforov a Ă©tĂ© affectĂ© au bĂątiment voisin, le S, oĂč sont toujours incarcĂ©rĂ©s 300 dĂ©tenus. De temps en temps, il retourne dans l’aile dĂ©laissĂ©e pour patrouiller dans un dĂ©dale vide. Surveillant le nĂ©ant, il marche d’un pas lent dans des coursives vides, jette un coup d’Ɠil aux ventilations et inspecte les cellules inoccupĂ©es. Il ne trouve pas ce silence reposant pour un sou. “Je pense plutĂŽt que c’est effrayant.”

Society #258

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