La revanche du pangolin | Society
EnquĂȘte

La revanche du pangolin

BraconnĂ© en Afrique, prisĂ© en Chine pour sa chair et les prĂ©tendues vertus mĂ©dicinales de ses Ă©cailles, transportĂ© Ă  travers le monde dans des conditions infĂąmes, le pangolin est aujourd'hui soupçonnĂ© d'ĂȘtre Ă  l'origine de la pandĂ©mie de coronavirus qui fait frissonner la planĂšte. Ce qui sonnerait comme une douce vengeance pour ce drĂŽle d'animal, en voie de disparition, victime des hommes et des excĂšs de la mondialisation.
  • Par Margherita Nasi
  • 13 min.
  • Reportage
Un pangolin est perché sur une branche d'arbre dans un environnement forestier. Son corps est recouvert d'écailles et il est enroulé autour de la branche.
 AFP / Frans Lanting

Le “pom pom pom” du gĂ©nĂ©rique rĂ©sonne encore dans la tĂȘte de tous les amoureux de la faune sauvage qui, chaque dimanche soir de 1969 à 1990 sur la deuxiĂšme chaĂźne de l’ORTF puis sur TF1, ont vu le bestiaire planĂ©taire parader dans l’émission Les Animaux du monde. Le 8 octobre 1969, le plateau reçoit un invitĂ© tout droit venu de Brazzaville: le pangolin. StupĂ©fiant spĂ©cimen que celui-ci. Visez sa tĂȘte, pointue et effilĂ©e, taillĂ©e pour passer dans l’orifice d’une fourmiliĂšre -le genre de chasse qu’il chĂ©rit. Admirez sa trĂšs longue langue, qui se replie Ă  l’intĂ©rieur de son abdomen et peut atteindre la taille de l’animal une fois dĂ©pliĂ©e -un cauchemar pour les fourmis et les termites. Examinez les puissantes griffes de ses pattes antĂ©rieures, dont il use exclusivement pour creuser -cet extraordinaire mammifĂšre ne marche que sur ses membres postĂ©rieurs, Ă  la façon d’un ĂȘtre humain. Observez sa gestuelle: lorsqu’il se sent menacĂ©, ses Ă©cailles se rabattent comme des persiennes, et il se met en boule. C’est d’ailleurs ce qu’il fait maintenant sur le plateau, dans les mains du zoologiste Francis Petter: aprĂšs avoir tentĂ© de mordre le sous-directeur du MusĂ©um national d’histoire naturelle (en vain, puisqu’il n’a pas de dents), le voilĂ  qui se tortille “comme une pomme de pin. Il a les Ă©cailles qui s’emboĂźtent les unes dans les autres”, explique l’expert, qui prĂ©cise au passage que “ces animaux sont Ă©videmment comestibles, au mĂȘme titre que pourrait l’ĂȘtre chez nous un lapin de garenne”. Visiblement terrorisĂ©e, la bestiole parvient enfin Ă  s’échapper, non sans dĂ©truire une partie du dĂ©cor.

Dossier coronavirus

Society #127

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