

Quand la vie se termine, on sâembrasse. Les lĂšvres se posent sur le front du mort, les joues des proches sâeffleurent. Par une cruelle ironie du sort, le rituel peut dĂ©sormais ĂȘtre inversĂ©. On sâembrasse, et la vie se termine. En ce mois de mars, une cinquantaine de personnes sont venues rendre un dernier hommage Ă Ali Gaoua. Pendant prĂšs de 40 ans, le propriĂ©taire du restaurant Le Montana a fait flotter des senteurs orientales sur la colline de la Croix-Rousse, Ă Lyon. Son dĂ©cĂšs Ă©meut la communautĂ© kabyle locale. Les uns portent un masque, les autres sâĂ©changent des accolades. Alyssia, 21 ans, niĂšce du dĂ©funt, hĂ©site: âJe ne savais pas comment me comporter. Ma mĂšre a voulu garder une distance, mais des amis ont insistĂ© pour lui faire la bise. Elle a fini par cĂ©der, elle ne voulait pas paraĂźtre impolie. Quelques jours plus tard, nous sommes toutes les deux tombĂ©es malades. Les amis en question Ă©taient positifs au coronavirus. Depuis, je nâembrasse plus personne, mĂȘme en famille.â
Jadis symbole dâamour, dâĂ©galitĂ© et de vie âĂ en croire la Bible, nous serions nĂ©s dâun baiser, cette Ă©tincelle vitale que Dieu insuffla Ă Adamâ, la communion des lĂšvres sâest muĂ©e en acte funeste. FrappĂ©e dâinsalubritĂ© au mĂȘme rang quâun mouchoir sale ou un Ă©ternuement, la bise est proscrite par les gestes barriĂšres. Ă vrai dire, le ver Ă©tait dĂ©jĂ dans le fruit. Nâest-ce pas par un baiser que Judas a trahi JĂ©sus, en le dĂ©signant aux gardes? Les mafieux ne lâont pas oubliĂ©: câest bien par un baiser de la mort que le parrain dĂ©signe les membres de la famille dont lâexĂ©cution a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e. En hĂ©breu, il nây a quâune lettre de diffĂ©rence entre les mots âembrasserâ et âmordreâ. Et si lâĂ©tymologie invite Ă se mĂ©fier des embrassades, la science les condamne encore plus fermement. Un baiser met en mouvement âpas moins de 29 muscles, dont 17 pour la seule langue, et il sâĂ©change Ă cette occasion jusquâĂ neuf milligrammes dâeau, 0,7 dâalbumine, 0,18 de substances organiques, 0,711 de matiĂšres grasses et 0,45 de sels, sans compter les virus et les bactĂ©riesâ, lit-on dans la Petite EncyclopĂ©die du baiser, de Martine Mourier et JeanâLuc Tournier. DĂšs 2007, dans un livre consacrĂ© Ă lâhygiĂšne, le mĂ©decin star et phĂ©nomĂšne Ă©ditorial FrĂ©dĂ©ric Saldmann sâĂ©poumonait: âArrĂȘtez de vous faire la bise!â Et si, Ă lâheure oĂč les tribunes sur lâaprĂšs-coronavirus abondent, imaginant une planĂšte dĂ©barrassĂ©e de la mondialisation ou de lâindividualisme, nous nous acheminions pour commencer vers un monde sans bise?
âLâEspagne, lâItalie et la France sont particuliĂšrement frappĂ©es par le coronavirus. Or, les contacts humains y sont plus intenses. La bise a peut-ĂȘtre jouĂ© un rĂŽle dans la transmission de lâĂ©pidĂ©mieâ, avance lâhumoriste Paul Taylor. Les avocats de la bise pourront argumenter que ce Britannique ne porte pas les bĂ©cots dans son cĆur. En 2016, las de prĂȘter ses joues des dizaines de fois par jour au bureau comme en soirĂ©e, il poste une vidĂ©o oĂč il sâen prend aux embrassades. Plus de trois millions de vues plus tard, lâancien employĂ© dâApple, installĂ© en France, revient sur ce succĂšs: âSi le sketch a si bien marchĂ©, câest parce que la bise est au cĆur dâune houleuse controverse, un peu comme le dĂ©bat pain au chocolat vs chocolatine. Il y a ceux qui aiment, ceux qui dĂ©testent, ceux qui en font deux, trois ou quatre. Câest tellement compliquĂ© quâun site web, combiendebises.âcom, permet aux gens de dire combien il faut en faire dans leur rĂ©gionâŠâ Que lâon ait la bise parcimonieuse ou prolixe, en fonction dâune complexe Ă©quation contenant des variables rĂ©gionales et sociales, le rituel est trĂšs ancrĂ© dans lâHexagone. Au point quâil vient hanter les confinĂ©s jusque dans leur sommeil. Fin avril, Ălodie Jauneau, historienne et membre du bureau national du PS, se rĂ©veille quelque peu perturbĂ©e: âGĂ©nĂ©ralement, je me souviens trĂšs bien de mes rĂȘves, dans leur intĂ©gralitĂ©. Mais ce matin-lĂ , je nâavais en tĂȘte quâune scĂšne trĂšs prĂ©cise: je faisais la bise tout en serrant la main Ă quelquâun. Autour, le vide. Je suis mĂȘme incapable de dire si mon interlocuteur Ă©tait un homme ou une femme. Ce nâĂ©tait pas un cauchemar, loin de lĂ . Le contact humain me manque. Jâai trĂšs envie de refaire la bise Ă tout le monde, quitte Ă me tartiner le visage de gel hydroalcoolique dans la foulĂ©e.â Autre bord politique, mĂȘmes considĂ©rations: âJe suis mĂ©decin, je viens du Sud et je suis un homme politique, on fait difficilement plus tactile⊠Ne pas pouvoir embrasser est pour moi dâune extrĂȘme violenceâ, confie le prĂ©sident LR de la rĂ©gion Provence-Alpes-CĂŽte dâAzur, Renaud Muselier.

La valse des joues serait-elle indispensable aux relations sociales? âSerrer la main, faire la bise, sont des rituels de salutation qui ont plusieurs fonctions. On dit Ă autrui quâon le reconnaĂźt et on lui signifie lâappartenance Ă Â un mĂȘme groupe. Dans ce sens, refuser la bise peut ĂȘtre vĂ©cu comme une forme dâexclusionâ, rĂ©sume Dominique Picard, auteure de Politesse, savoir-vivre et relations sociales. La psychosociologue cite le milieu universitaire oĂč, peu importe le statut, du simple chargĂ© de cours Ă lâillustre professeur, on sâembrasse: âUn jour, une jeune chercheuse, la trentaine, a vouvoyĂ© un collĂšgue sexagĂ©naire. Il lâa mal pris, lâa vĂ©cu comme un rejet. Câest comme refuser la bise: ne pas suivre la norme, quelle quâelle soit, câest montrer Ă lâautre quâil ne fait pas partie du groupe.â
On ne badine pas avec les baisers. Ă chaque Saint-Valentin, GĂ©rald Cahen reçoit des dizaines de demandes dâentretien sur le sujet, poliment dĂ©clinĂ©es. âCâest quelque chose de trĂšs sĂ©rieux, qui sâinscrit dans ce que le sociologue Erving Goffman a appelĂ© âles rites dâinteractionâ. Je nâai pas envie de le traiter de façon frivoleâ, souligne lâĂ©crivain, qui a dirigĂ© lâouvrage Le Baiser: PremiĂšres leçons dâamour. Les lĂšvres cachent les dentsâ ; la bise, dĂšs lors, est un signe de respect. âJe pourrais te manger, mais je ne fais que tâeffleurer, analyse-t-il. Câest aussi un signe dâĂ©galitĂ©, on se situe Ă la mĂȘme hauteur. Il sâagit dâun rituel trĂšs ancien, que lâon retrouve jusque dans Le Cantique des cantiques.â Et dont la codification revient aux Romains. Leur empire fut un espace unique de circulation des hommes, des idĂ©es⊠et des baisers, classĂ©s en trois catĂ©gories. Entre membres dâune famille, on sâembrasse sur les lĂšvres mais sans intromission de la langue, inceste oblige. Câest le basium. MĂȘme geste entre pairs, mais on parle alors dâosculum. Le baiser langoureux et lascif est lui rĂ©servĂ© aux amants, un acte qui rĂ©pond au cĂ©leste terme de suavium. On sâembrasse donc plutĂŽt trois fois quâune, et la pratique connaĂźt un succĂšs tel que le baiser devient, pour les auteurs satiriques, la parabole de lâhypocrisie de la Rome impĂ©riale. âImpossible, Flaccus, dâĂ©viter les baiseurs. Ils vous pressent, vous retardent, courent aprĂšs vous, de tous cĂŽtĂ©s, Ă tout propos, partout. UlcĂšre malin, pustules enflammĂ©es, menton repoussant aux croĂ»tes sales, lĂšvres enduites de pommade huileuse ou glaçon suspendu au bout du nez ne serviront Ă rien. (âŠ) Par toutes les fentes on verra sâinsinuer le baiseurâ, sâamuse Martial dans ses Ăpigrammes. Les premiers chrĂ©tiens, de culture romaine, reprendront ce rituel, retrace le philosophe Alexandre Lacroix: âDans son Premier Ă©pĂźtre aux Thessaloniciens, Paul incite Ă Ă©changer le saint baiser, pratiquĂ© entre chrĂ©tiens jusquâĂ un Ăąge trĂšs tardif.â Il faudra attendre le pape Innocent III pour quâune bulle pontificale vienne interdire le baiser sur la bouche.
Pourtant, lâacte perdure, en France notamment. Dans les cours du Moyen Ăge, le code de civilitĂ© impose Ă la souveraine dâhonorer par un baiser sur la bouche les personnages de haut rang. Quant au contrat vassalique, parmi les plus importantes institutions de la sociĂ©tĂ© fĂ©odale, il se scelle par un baiser sur la bouche, Ă travers lequel le vassal rend hommage au souverain qui lui assure la possession paisible du fief. âLe geste se devait dâĂȘtre franc et net, dĂ©taille lâhistorien Yannick CarrĂ© dans Le Baiser: PremiĂšres leçons dâamour. Un baiser du bout des lĂšvres pouvait inspirer plusieurs types de suspicions: contrainte, dĂ©goĂ»t ou, pire encore, trahison. Le souvenir de Judas hantait toutes les consciences.â Un des premiers rois de France Ă©tait mĂȘme rĂ©putĂ© pour avoir âlâhaleine tellement fraĂźche quâon nâhĂ©sitait pas Ă Â lui donner le baiser de paixâ, sâamuse lâhistorien belge Jean Claude Bologne. Si les nobles sâembrassent sur la bouche, les bourgeois pratiquent, eux, le baiser sur les joues, poursuit ce spĂ©cialiste de lâhistoire de la pudeur. Une pratique qui prendra de lâampleur au xvie siĂšcle, profitant dâune stigmatisation du rapprochement entre lĂšvres.
Ăcoutez Montaigne se plaindre de cette âdĂ©plaisante coutumeâ: âPour trois belles, il nous en faut baiser cinquante laides, et Ă un estomac tendre, comme sont ceux de mon Ăąge, un mauvais baiser en surpaie un bon.â Les mariages avec les princesses du Sud, horrifiĂ©es par la tradition, ont probablement jouĂ© un rĂŽle dans cette Ă©volution. Câest en tout cas lâItalienne Marie de MĂ©dicis qui obtint de son royal Ă©poux, Henri IV, la permission de ne plus donner ses lĂšvres aux courtisans. Ă lâĂ©glise, par ailleurs, les fidĂšles ne sâĂ©changent plus le baiser de paix mais posent leurs lĂšvres sur une tablette niellĂ©e, lâosculatoire. Les soucis hygiĂ©niques dus aux nouveaux flĂ©aux, de la vĂ©role Ă la peste, expliquent Ă©galement cette rĂ©cession des baisers, qui se fera de plus en plus radicale. Le narcissisme, plus redoutable encore quâune Ă©pidĂ©mie, achĂšvera de biffer la bise: nous voici aux xviie et xviiie siĂšcles, Ăąge dâor du maquillage. Il ne faudrait surtout pas abĂźmer un fard, appliquĂ© en couches Ă©paisses sur la peau, ou dĂ©coller une mouche. âPlusieurs traitĂ©s de courtoisie insistent sur le fait quâembrasser sur la joue, câest approcher sa joue de celle dâune autre personne, mais certainement pas la toucher. Lâusage disparaĂźt petit Ă Â petit, jusquâĂ ĂȘtre totalement banni au xixe siĂšcle, oĂč mĂȘme embrasser la main dâune dame paraĂźt saugrenuâ, relate Jean Claude Bologne.

Lâheure est au positivisme et le baiser est relĂ©guĂ© au laboratoire de la science, qui le dissĂšque avec une froideur qui frĂŽle la rĂ©pulsion. âJuxtaposition des muscles orbiculaires de lâorifice buccal Ă Â lâĂ©tat de contractionâ, dĂ©crit le mĂ©decin Henry Gibbons. âIl y a quelque chose de la ventouse dans lâacte du baiserâ, renchĂ©rit son collĂšgue français Ernest Onimus. Au mĂȘme moment, la France est profondĂ©ment marquĂ©e par les modes anglaises. âLa politesse avant la RĂ©volution française est encore une politesse Ă lâancienne, assez tactile, si jâose dire, dans laquelle on nâhĂ©site pas Ă sâembrasser, mĂȘme entre hommes, dĂ©roule FrĂ©dĂ©ric Rouvillois, auteur du Dictionnaire nostalgique de la politesse. AprĂšs la chute de NapolĂ©on en 1815, les modes anglaises dĂ©ferlent en France et on Ă©volue vers une nĂ©gation de la sensualitĂ© dans les milieux aristocratiques.â Câest à ce moment quâon arrĂȘte de se dire âbon appĂ©titâ, redoutant ce terme venu du latin appetitus, qui signifie âdĂ©sirâ. La pudeur victorienne aura Ă©galement raison des baisers. âOn prĂ©fĂšre lever son chapeau de façon plus ou moins considĂ©rable en fonction de lâimportance de la personne en face. On peut Ă©galement incliner sa tĂȘte ou le haut de son buste. Ne sâembrassent que les pauvres ou les personnes mal Ă©levĂ©es. BiensĂ©ance rime avec distanciation sociale, câest ce que nous allons vivre aprĂšs le dĂ©confinementâ, poursuit FrĂ©dĂ©ric Rouvillois.
La bise devra attendre le dĂ©but du xxe siĂšcle pour faire son apparition dans les ouvrages de politesse, et ce nâest pas Ă son honneur. ââNe marchez pas en traĂźnant vos pieds comme un pauvre hĂšreâ, âNe vous embrassez pas en pleine rue en vous donnant trois ou quatre bises comme des paysansâ, voilĂ le genre de remarques que lâon trouve dans ces traitĂ©s du dĂ©but du xxe siĂšcle. La bise devient un contre-modĂšleâ, dĂ©taille Dominique Picard. Câest compter sans les bouleversements sociĂ©taux du xxe siĂšcle: mise en place de la mixitĂ© dans les Ă©coles, annĂ©es yĂ©yé⊠Un air de rĂ©volution flotte dans les lycĂ©es, les rondes joues adolescentes se laissent allĂšgrement embrasser. âOn trouve cela sympathique et, sous lâeffet dâun certain jeunisme, les adultes commencent Ă Â se faire la bise aussi. Avec Mai-68, on brise les vieilles mĆurs et on adopte les mouvements psychocorporels venus des Ătats-Unis. Câest lâĂ©panouissement du corps, on commence Ă sâenlacer dans la rue, jusquâĂ finalement sâembrasser mĂȘme entre hommesâ, prolonge la professeure des universitĂ©s.
Alors quâon sâadonne plus que jamais Ă Â ce paroxysme buccal, quelques lĂšvres commencent Ă se crisper. En 2017, dans un mail adressĂ© Ă ses 73 collaborateurs, Anne Picard-Wolff, la maire de Morette, en IsĂšre, leur communique quâelle ne les embrassera plus. La mĂȘme annĂ©e, la blogueuse Romy TĂȘtue envoie Ă plusieurs centaines de collĂšgues un mail pour leur signaler quâelle âdĂ©teste la pratique de la bise au boulotâ, le tout appuyĂ© par un calcul accablant: â422 salarié·es x 2 bises x 250 chaque matin x N annĂ©es = pfiouâŠâ Soutenue par lâinflation du bĂ©cot, cette hantise de la bise sâinscrit dans un soupçon Ă Â lâencontre du corps qui se dĂ©veloppe Ă partir des annĂ©es 80, estime David Le Breton. âLa pratique du tatouage, du piercing, du culturisme, de la chirurgie esthĂ©tique explose alors, tout comme la diĂ©tĂ©tique, affirme lâauteur des Passions ordinaires: Anthropologie des Ă©motions. Autant de techniques visant Ă maĂźtriser le corps. Les idĂ©ologies transhumanistes, qui prĂŽnent lâutilisation de prothĂšses et le tĂ©lĂ©chargement de lâesprit sur Internet, le considĂšrent comme un Ă©lĂ©ment obsolĂšte. Le coronavirus en rajoute une couche en faisant du corps le lieu de tous les dangers, et la bise se retrouve sur un siĂšge éjectable.â
Se dirigerait-on alors vers une crainte du toucher, une haptophobie selon la terminologie savante? âLe risque, câest quâautrui devienne un simple exutoire, quâon ne prenne mĂȘme plus en compte son visage. Car câest ça qui est derriĂšre la bise, le face-Ă -faceâ, analyse le philosophe Bernard Andrieu. Mais pour lâauteur de Sentir son corps vivant, une autre hypothĂšse est plus plausible encore: le dĂ©veloppement de nouvelles formes de contact. âAvant le confinement, on avait dĂ©jĂ commencĂ© Ă se saluer en se touchant les pieds et les coudes. Il va falloir Ă©galement re-cartographier lâĂ©rotisme. Sâil faut se passer du visage et de la bouche, il faudra oublier le cunnilingus et la fellation pour exalter dâautres parties du corps. Câest dâailleurs ce qui sâest passĂ© au dĂ©but de lâĂ©pidĂ©mie de sida, avec notamment une redĂ©couverte des pieds et des massages.â
Si lâon ne se risquera pas Ă tirer des plans sur la comĂšte sur la vie intime des Français, on peut convenir que la bise ne sera plus celle dâavant. âCertains la pratiqueront peut-ĂȘtre comme un souvenir nostalgique, dâautres refuseront et adopteront dâautres formes de salutation. Une inclinaison de la tĂȘte, par exemple, façon asiatiqueâ, pronostique FrĂ©dĂ©ric Rouvillois. Rien, pourtant, nâest plus perturbant quâun baiser suspendu, les amants sĂ©parĂ©s pourront en tĂ©moigner. âCe rituel incarne la tendresse, lâaffection, la confiance, la proximitĂ©. Autant de valeurs qui risquent de devenir trĂšs abstraites en son absenceâ, considĂšre Alexandre Lacroix. Il faut Ă©viter de verser dans le calcul et la dĂ©fiance, met en garde lâauteur de Contribution Ă la thĂ©orie du baiser: âJâespĂšre que nous ne basculerons pas dans un monde oĂč autrui nâest plus Ă©valuĂ© quâen tant que risque potentiel, et que les gestes barriĂšres seront, sinon provisoires, du moins subvertis.â

















