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Quand la bise fut partie

Parmi les victimes annoncées de l'épidémie de Covid-19 se trouve une vieille tradition française: la bise. Signe de reconnaissance sociale et régionale, cette façon de se saluer a pourtant des racines remontant aux Romains. Suffisant pour tenir le choc face à la maladie?
Une plaque commémorative avec un message en hommage à une personne chÚre, accompagné d'une décoration florale.
 Illustrations: Brest Brest Brest pour Society

Quand la vie se termine, on s’embrasse. Les lĂšvres se posent sur le front du mort, les joues des proches s’effleurent. Par une cruelle ironie du sort, le rituel peut dĂ©sormais ĂȘtre inversĂ©. On s’embrasse, et la vie se termine. En ce mois de mars, une cinquantaine de personnes sont venues rendre un dernier hommage Ă  Ali Gaoua. Pendant prĂšs de 40 ans, le propriĂ©taire du restaurant Le Montana a fait flotter des senteurs orientales sur la colline de la Croix-Rousse, Ă  Lyon. Son dĂ©cĂšs Ă©meut la communautĂ© kabyle locale. Les uns portent un masque, les autres s’échangent des accolades. Alyssia, 21 ans, niĂšce du dĂ©funt, hĂ©site: “Je ne savais pas comment me comporter. Ma mĂšre a voulu garder une distance, mais des amis ont insistĂ© pour lui faire la bise. Elle a fini par cĂ©der, elle ne voulait pas paraĂźtre impolie. Quelques jours plus tard, nous sommes toutes les deux tombĂ©es malades. Les amis en question Ă©taient positifs au coronavirus. Depuis, je n’embrasse plus personne, mĂȘme en famille.”

Jadis symbole d’amour, d’égalitĂ© et de vie –à en croire la Bible, nous serions nĂ©s d’un baiser, cette Ă©tincelle vitale que Dieu insuffla Ă  Adam–, la communion des lĂšvres s’est muĂ©e en acte funeste. FrappĂ©e d’insalubritĂ© au mĂȘme rang qu’un mouchoir sale ou un Ă©ternuement, la bise est proscrite par les gestes barriĂšres. À vrai dire, le ver Ă©tait dĂ©jĂ  dans le fruit. N’est-ce pas par un baiser que Judas a trahi JĂ©sus, en le dĂ©signant aux gardes? Les mafieux ne l’ont pas oubliĂ©: c’est bien par un baiser de la mort que le parrain dĂ©signe les membres de la famille dont l’exĂ©cution a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e. En hĂ©breu, il n’y a qu’une lettre de diffĂ©rence entre les mots “embrasser” et “mordre”. Et si l’étymologie invite Ă  se mĂ©fier des embrassades, la science les condamne encore plus fermement. Un baiser met en mouvement “pas moins de 29 muscles, dont 17 pour la seule langue, et il s’échange Ă  cette occasion jusqu’à neuf milligrammes d’eau, 0,7 d’albumine, 0,18 de substances organiques, 0,711 de matiĂšres grasses et 0,45 de sels, sans compter les virus et les bactĂ©ries”, lit-on dans la Petite EncyclopĂ©die du baiser, de Martine Mourier et Jean‑Luc Tournier. DĂšs 2007, dans un livre consacrĂ© Ă  l’hygiĂšne, le mĂ©decin star et phĂ©nomĂšne Ă©ditorial FrĂ©dĂ©ric Saldmann s’époumonait: “ArrĂȘtez de vous faire la bise!” Et si, Ă  l’heure oĂč les tribunes sur l’aprĂšs-coronavirus abondent, imaginant une planĂšte dĂ©barrassĂ©e de la mondialisation ou de l’individualisme, nous nous acheminions pour commencer vers un monde sans bise?

“L’Espagne, l’Italie et la France sont particuliĂšrement frappĂ©es par le coronavirus. Or, les contacts humains y sont plus intenses. La bise a peut-ĂȘtre jouĂ© un rĂŽle dans la transmission de l’épidĂ©mie”, avance l’humoriste Paul Taylor. Les avocats de la bise pourront argumenter que ce Britannique ne porte pas les bĂ©cots dans son cƓur. En 2016, las de prĂȘter ses joues des dizaines de fois par jour au bureau comme en soirĂ©e, il poste une vidĂ©o oĂč il s’en prend aux embrassades. Plus de trois millions de vues plus tard, l’ancien employĂ© d’Apple, installĂ© en France, revient sur ce succĂšs: “Si le sketch a si bien marchĂ©, c’est parce que la bise est au cƓur d’une houleuse controverse, un peu comme le dĂ©bat pain au chocolat vs chocolatine. Il y a ceux qui aiment, ceux qui dĂ©testent, ceux qui en font deux, trois ou quatre. C’est tellement compliquĂ© qu’un site web, combiendebises.‌com, permet aux gens de dire combien il faut en faire dans leur rĂ©gion
” Que l’on ait la bise parcimonieuse ou prolixe, en fonction d’une complexe Ă©quation contenant des variables rĂ©gionales et sociales, le rituel est trĂšs ancrĂ© dans l’Hexagone. Au point qu’il vient hanter les confinĂ©s jusque dans leur sommeil. Fin avril, Élodie Jauneau, historienne et membre du bureau national du PS, se rĂ©veille quelque peu perturbĂ©e: “GĂ©nĂ©ralement, je me souviens trĂšs bien de mes rĂȘves, dans leur intĂ©gralitĂ©. Mais ce matin-lĂ , je n’avais en tĂȘte qu’une scĂšne trĂšs prĂ©cise: je faisais la bise tout en serrant la main Ă  quelqu’un. Autour, le vide. Je suis mĂȘme incapable de dire si mon interlocuteur Ă©tait un homme ou une femme. Ce n’était pas un cauchemar, loin de lĂ . Le contact humain me manque. J’ai trĂšs envie de refaire la bise Ă  tout le monde, quitte Ă  me tartiner le visage de gel hydroalcoolique dans la foulĂ©e.” Autre bord politique, mĂȘmes considĂ©rations: “Je suis mĂ©decin, je viens du Sud et je suis un homme politique, on fait difficilement plus tactile
 Ne pas pouvoir embrasser est pour moi d’une extrĂȘme violence”, confie le prĂ©sident LR de la rĂ©gion Provence-Alpes-CĂŽte d’Azur, Renaud Muselier.

Deux pierres tombales en hommage Ă  "la BISE", l'une en forme de cƓur et l'autre en forme de livre avec une colombe gravĂ©e.
 Illustrations: Brest Brest Brest pour Society

La valse des joues serait-elle indispensable aux relations sociales? “Serrer la main, faire la bise, sont des rituels de salutation qui ont plusieurs fonctions. On dit Ă  autrui qu’on le reconnaĂźt et on lui signifie l’appartenance à un mĂȘme groupe. Dans ce sens, refuser la bise peut ĂȘtre vĂ©cu comme une forme d’exclusion”, rĂ©sume Dominique Picard, auteure de Politesse, savoir-vivre et relations sociales. La psychosociologue cite le milieu universitaire oĂč, peu importe le statut, du simple chargĂ© de cours Ă  l’illustre professeur, on s’embrasse: “Un jour, une jeune chercheuse, la trentaine, a vouvoyĂ© un collĂšgue sexagĂ©naire. Il l’a mal pris, l’a vĂ©cu comme un rejet. C’est comme refuser la bise: ne pas suivre la norme, quelle qu’elle soit, c’est montrer Ă  l’autre qu’il ne fait pas partie du groupe.”

Bulle pontificale et contrat vassalique

On ne badine pas avec les baisers. À chaque Saint-Valentin, GĂ©rald Cahen reçoit des dizaines de demandes d’entretien sur le sujet, poliment dĂ©clinĂ©es. “C’est quelque chose de trĂšs sĂ©rieux, qui s’inscrit dans ce que le sociologue Erving Goffman a appelĂ© ‘les rites d’interaction’. Je n’ai pas envie de le traiter de façon frivole”, souligne l’écrivain, qui a dirigĂ© l’ouvrage Le Baiser: PremiĂšres leçons d’amour. Les lĂšvres cachent les dents  ; la bise, dĂšs lors, est un signe de respect. “Je pourrais te manger, mais je ne fais que t’effleurer, analyse-t-il. C’est aussi un signe d’égalitĂ©, on se situe Ă  la mĂȘme hauteur. Il s’agit d’un rituel trĂšs ancien, que l’on retrouve jusque dans Le Cantique des cantiques.” Et dont la codification revient aux Romains. Leur empire fut un espace unique de circulation des hommes, des idĂ©es
 et des baisers, classĂ©s en trois catĂ©gories. Entre membres d’une famille, on s’embrasse sur les lĂšvres mais sans intromission de la langue, inceste oblige. C’est le basium. MĂȘme geste entre pairs, mais on parle alors d’osculum. Le baiser langoureux et lascif est lui rĂ©servĂ© aux amants, un acte qui rĂ©pond au cĂ©leste terme de suavium. On s’embrasse donc plutĂŽt trois fois qu’une, et la pratique connaĂźt un succĂšs tel que le baiser devient, pour les auteurs satiriques, la parabole de l’hypocrisie de la Rome impĂ©riale. “Impossible, Flaccus, d’éviter les baiseurs. Ils vous pressent, vous retardent, courent aprĂšs vous, de tous cĂŽtĂ©s, Ă  tout propos, partout. UlcĂšre malin, pustules enflammĂ©es, menton repoussant aux croĂ»tes sales, lĂšvres enduites de pommade huileuse ou glaçon suspendu au bout du nez ne serviront Ă  rien. (
) Par toutes les fentes on verra s’insinuer le baiseur”, s’amuse Martial dans ses Épigrammes. Les premiers chrĂ©tiens, de culture romaine, reprendront ce rituel, retrace le philosophe Alexandre Lacroix: “Dans son Premier Ă©pĂźtre aux Thessaloniciens, Paul incite Ă  Ă©changer le saint baiser, pratiquĂ© entre chrĂ©tiens jusqu’à un Ăąge trĂšs tardif.” Il faudra attendre le pape Innocent III pour qu’une bulle pontificale vienne interdire le baiser sur la bouche.

Pourtant, l’acte perdure, en France notamment. Dans les cours du Moyen Âge, le code de civilitĂ© impose Ă  la souveraine d’honorer par un baiser sur la bouche les personnages de haut rang. Quant au contrat vassalique, parmi les plus importantes institutions de la sociĂ©tĂ© fĂ©odale, il se scelle par un baiser sur la bouche, Ă  travers lequel le vassal rend hommage au souverain qui lui assure la possession paisible du fief. “Le geste se devait d’ĂȘtre franc et net, dĂ©taille l’historien Yannick CarrĂ© dans Le Baiser: PremiĂšres leçons d’amour. Un baiser du bout des lĂšvres pouvait inspirer plusieurs types de suspicions: contrainte, dĂ©goĂ»t ou, pire encore, trahison. Le souvenir de Judas hantait toutes les consciences.” Un des premiers rois de France Ă©tait mĂȘme rĂ©putĂ© pour avoir “l’haleine tellement fraĂźche qu’on n’hĂ©sitait pas à lui donner le baiser de paix”, s’amuse l’historien belge Jean Claude Bologne. Si les nobles s’embrassent sur la bouche, les bourgeois pratiquent, eux, le baiser sur les joues, poursuit ce spĂ©cialiste de l’histoire de la pudeur. Une pratique qui prendra de l’ampleur au xvie siĂšcle, profitant d’une stigmatisation du rapprochement entre lĂšvres.

Redoutable narcissisme

Écoutez Montaigne se plaindre de cette “dĂ©plaisante coutume”: “Pour trois belles, il nous en faut baiser cinquante laides, et Ă  un estomac tendre, comme sont ceux de mon Ăąge, un mauvais baiser en surpaie un bon.” Les mariages avec les princesses du Sud, horrifiĂ©es par la tradition, ont probablement jouĂ© un rĂŽle dans cette Ă©volution. C’est en tout cas l’Italienne Marie de MĂ©dicis qui obtint de son royal Ă©poux, Henri IV, la permission de ne plus donner ses lĂšvres aux courtisans. À l’église, par ailleurs, les fidĂšles ne s’échangent plus le baiser de paix mais posent leurs lĂšvres sur une tablette niellĂ©e, l’osculatoire. Les soucis hygiĂ©niques dus aux nouveaux flĂ©aux, de la vĂ©role Ă  la peste, expliquent Ă©galement cette rĂ©cession des baisers, qui se fera de plus en plus radicale. Le narcissisme, plus redoutable encore qu’une Ă©pidĂ©mie, achĂšvera de biffer la bise: nous voici aux xviie et xviiie siĂšcles, Ăąge d’or du maquillage. Il ne faudrait surtout pas abĂźmer un fard, appliquĂ© en couches Ă©paisses sur la peau, ou dĂ©coller une mouche. “Plusieurs traitĂ©s de courtoisie insistent sur le fait qu’embrasser sur la joue, c’est approcher sa joue de celle d’une autre personne, mais certainement pas la toucher. L’usage disparaĂźt petit à petit, jusqu’à ĂȘtre totalement banni au xixe siĂšcle, oĂč mĂȘme embrasser la main d’une dame paraĂźt saugrenu”, relate Jean Claude Bologne.

Une pierre tombale noire sur un fond rose avec l'inscription "Ici repose LA BISE 27 av. J.-C. — 2020".
 Illustrations: Brest Brest Brest pour Society

L’heure est au positivisme et le baiser est relĂ©guĂ© au laboratoire de la science, qui le dissĂšque avec une froideur qui frĂŽle la rĂ©pulsion. “Juxtaposition des muscles orbiculaires de l’orifice buccal à l’état de contraction”, dĂ©crit le mĂ©decin Henry Gibbons. “Il y a quelque chose de la ventouse dans l’acte du baiser”, renchĂ©rit son collĂšgue français Ernest Onimus. Au mĂȘme moment, la France est profondĂ©ment marquĂ©e par les modes anglaises. “La politesse avant la RĂ©volution française est encore une politesse Ă  l’ancienne, assez tactile, si j’ose dire, dans laquelle on n’hĂ©site pas Ă  s’embrasser, mĂȘme entre hommes, dĂ©roule FrĂ©dĂ©ric Rouvillois, auteur du Dictionnaire nostalgique de la politesse. AprĂšs la chute de NapolĂ©on en 1815, les modes anglaises dĂ©ferlent en France et on Ă©volue vers une nĂ©gation de la sensualitĂ© dans les milieux aristocratiques.” C’est à ce moment qu’on arrĂȘte de se dire “bon appĂ©tit”, redoutant ce terme venu du latin appetitus, qui signifie “dĂ©sir”. La pudeur victorienne aura Ă©galement raison des baisers. “On prĂ©fĂšre lever son chapeau de façon plus ou moins considĂ©rable en fonction de l’importance de la personne en face. On peut Ă©galement incliner sa tĂȘte ou le haut de son buste. Ne s’embrassent que les pauvres ou les personnes mal Ă©levĂ©es. BiensĂ©ance rime avec distanciation sociale, c’est ce que nous allons vivre aprĂšs le dĂ©confinement”, poursuit FrĂ©dĂ©ric Rouvillois.

La bise devra attendre le dĂ©but du xxe siĂšcle pour faire son apparition dans les ouvrages de politesse, et ce n’est pas Ă  son honneur. “‘Ne marchez pas en traĂźnant vos pieds comme un pauvre hĂšre’, ‘Ne vous embrassez pas en pleine rue en vous donnant trois ou quatre bises comme des paysans’, voilĂ  le genre de remarques que l’on trouve dans ces traitĂ©s du dĂ©but du xxe siĂšcle. La bise devient un contre-modĂšle”, dĂ©taille Dominique Picard. C’est compter sans les bouleversements sociĂ©taux du xxe siĂšcle: mise en place de la mixitĂ© dans les Ă©coles, annĂ©es yĂ©yé  Un air de rĂ©volution flotte dans les lycĂ©es, les rondes joues adolescentes se laissent allĂšgrement embrasser. “On trouve cela sympathique et, sous l’effet d’un certain jeunisme, les adultes commencent à se faire la bise aussi. Avec Mai-68, on brise les vieilles mƓurs et on adopte les mouvements psychocorporels venus des États-Unis. C’est l’épanouissement du corps, on commence Ă  s’enlacer dans la rue, jusqu’à finalement s’embrasser mĂȘme entre hommes”, prolonge la professeure des universitĂ©s.

La crainte du toucher

Alors qu’on s’adonne plus que jamais à ce paroxysme buccal, quelques lĂšvres commencent Ă  se crisper. En 2017, dans un mail adressĂ© Ă  ses 73 collaborateurs, Anne Picard-Wolff, la maire de Morette, en IsĂšre, leur communique qu’elle ne les embrassera plus. La mĂȘme annĂ©e, la blogueuse Romy TĂȘtue envoie Ă  plusieurs centaines de collĂšgues un mail pour leur signaler qu’elle “dĂ©teste la pratique de la bise au boulot”, le tout appuyĂ© par un calcul accablant: “422 salarié·es x 2 bises x 250 chaque matin x N annĂ©es = pfiou
” Soutenue par l’inflation du bĂ©cot, cette hantise de la bise s’inscrit dans un soupçon à l’encontre du corps qui se dĂ©veloppe Ă  partir des annĂ©es 80, estime David Le Breton. “La pratique du tatouage, du piercing, du culturisme, de la chirurgie esthĂ©tique explose alors, tout comme la diĂ©tĂ©tique, affirme l’auteur des Passions ordinaires: Anthropologie des Ă©motions. Autant de techniques visant Ă  maĂźtriser le corps. Les idĂ©ologies transhumanistes, qui prĂŽnent l’utilisation de prothĂšses et le tĂ©lĂ©chargement de l’esprit sur Internet, le considĂšrent comme un Ă©lĂ©ment obsolĂšte. Le coronavirus en rajoute une couche en faisant du corps le lieu de tous les dangers, et la bise se retrouve sur un siĂšge éjectable.”

Se dirigerait-on alors vers une crainte du toucher, une haptophobie selon la terminologie savante? “Le risque, c’est qu’autrui devienne un simple exutoire, qu’on ne prenne mĂȘme plus en compte son visage. Car c’est ça qui est derriĂšre la bise, le face-Ă -face”, analyse le philosophe Bernard Andrieu. Mais pour l’auteur de Sentir son corps vivant, une autre hypothĂšse est plus plausible encore: le dĂ©veloppement de nouvelles formes de contact. “Avant le confinement, on avait dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  se saluer en se touchant les pieds et les coudes. Il va falloir Ă©galement re-cartographier l’érotisme. S’il faut se passer du visage et de la bouche, il faudra oublier le cunnilingus et la fellation pour exalter d’autres parties du corps. C’est d’ailleurs ce qui s’est passĂ© au dĂ©but de l’épidĂ©mie de sida, avec notamment une redĂ©couverte des pieds et des massages.”

Si l’on ne se risquera pas Ă  tirer des plans sur la comĂšte sur la vie intime des Français, on peut convenir que la bise ne sera plus celle d’avant. “Certains la pratiqueront peut-ĂȘtre comme un souvenir nostalgique, d’autres refuseront et adopteront d’autres formes de salutation. Une inclinaison de la tĂȘte, par exemple, façon asiatique”, pronostique FrĂ©dĂ©ric Rouvillois. Rien, pourtant, n’est plus perturbant qu’un baiser suspendu, les amants sĂ©parĂ©s pourront en tĂ©moigner. “Ce rituel incarne la tendresse, l’affection, la confiance, la proximitĂ©. Autant de valeurs qui risquent de devenir trĂšs abstraites en son absence”, considĂšre Alexandre Lacroix. Il faut Ă©viter de verser dans le calcul et la dĂ©fiance, met en garde l’auteur de Contribution Ă  la thĂ©orie du baiser: “J’espĂšre que nous ne basculerons pas dans un monde oĂč autrui n’est plus Ă©valuĂ© qu’en tant que risque potentiel, et que les gestes barriĂšres seront, sinon provisoires, du moins subvertis.”

Dossier coronavirus

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