La nuit leur appartenait | Society
Reportage

La nuit leur appartenait

Un peu partout en France, des arrĂȘtĂ©s sont pris pour rĂ©duire l'activitĂ© des Ă©piceries de nuit, au nom de la tranquillitĂ© publique. Avec une seule mĂ©thode: toutes dans le mĂȘme sac.
  • Par Joachim Barbier, Ă  Gap, Aix-en-Provence et Marseille / Photos: ThĂ©o Giacometti
  • 13 min.
  • Reportage
Un homme se tient dans une petite épicerie, entouré de produits variés comme des snacks et des boissons. Une autre personne est visible derriÚre le comptoir. L'ambiance est chaleureuse et lumineuse à l'intérieur.
 Photo: ThĂ©o Giacometti

La police a dĂ©barquĂ© dans la SupĂ©rette de Gap et a demandĂ© de baisser le rideau. Sans explication ni dĂ©lai. Il fallait juste fermer. Tout de suite. Alors Ahmadi, l’un des deux associĂ©s de l’épicerie de nuit, s’est exĂ©cutĂ©. Avant de partir, les policiers lui ont dit qu’ils passeraient demain avec le papier justifiant lĂ©galement la fermeture. Presque deux mois plus tard, rien n’est arrivĂ©. Ahmadi ne sait toujours pas pourquoi son commerce doit dĂ©sormais fermer ses portes Ă  21h. Le “papier” est l’arrĂȘtĂ© municipal votĂ© par la commune de Gap le 26 septembre dernier pour rĂ©duire les horaires d’ouverture de la dizaine d’épiceries de nuit que compte la prĂ©fecture des Hautes-Alpes. Une dĂ©cision qui n’a pas fait l’objet de longues discussions au conseil municipal. Il y avait une forme de consensus, se rappelle Élie Cordier, chef de file de l’opposition de gauche. « La justice avait constatĂ© des ventes illĂ©gales de puffs et de tabac. » Il fallait, selon les Ă©lus locaux, taper du poing sur la table: trop de nuisances visuelles avec ces enseignes qui clignotent toute la nuit, trop de bruit avec ces rassemblements nocturnes de gens qui consomment de l’alcool Ă  des heures tardives, trop de stationnements anarchiques de voitures. La mairie a mĂȘme insinuĂ© qu’elle prenait, d’une certaine maniĂšre, une mesure protectrice, puisque ces Ă©piceries risquaient les tentatives d’extorsion en restant ouvertes. Une sanction abrupte qui vient parachever plusieurs mois de tourments pour ces commerces, dont l’existence mĂȘme semble aujourd’hui remise en cause. En dĂ©cembre 2024, le maire UDI de Gap, Roger Didier (qui n’a pas rĂ©pondu aux sollicitations de Society), avait dĂ©clenchĂ© les hostilitĂ©s dans les pages locales du DauphinĂ© libĂ©rĂ© en affirmant: « Je ne vois pas l’intĂ©rĂȘt des Ă©piceries de nuit. »

Society #269

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