Les voix de Naples | Society
Musique

Les voix de Naples

Dans les années 1980, Naples a enfanté un courant musical unique en son genre: le néo-mélodique. Un mélange de musique traditionnelle et de pop moderne qui chante les joies, les peurs et les crimes de la vie locale, et dont les artistes, inconnus partout ailleurs, sont de véritables stars en Campanie. Présentations.
  • Par Andrea Chazy - Photos: Camillo Pasquarelli
  • 7 min.
  • Reportage
Une femme en tenue décontractée, portant une casquette rouge, semble animer un événement en plein air devant un public enthousiaste qui prend des photos.
 Photos: Camillo Pasquarelli

Naples, dĂ©but des annĂ©es 1980. La ville est ravagĂ©e par les annĂ©es de plomb, la guerre interminable contre les clans mafieux et le terrible tremblement de terre d’Irpinia, qui a fait plus de 2 700 morts en novembre 1980. Le futur refuge du footballeur argentin Diego Maradona est Ăąpre, dangereux, bien loin de la destination ultratouristique qu’il est devenu aujourd’hui. Flotte alors dans l’air des Quartiers espagnols et des nouvelles banlieues pĂ©riphĂ©riques une mĂ©lodie que personne ne sait dĂ©crire. Elle Ă©mane d’une armĂ©e de chanteurs des classes populaires venus dĂ©poussiĂ©rer la chanson traditionnelle locale accompagnĂ©e Ă  la mandoline, passĂ©e de mode, qui avait pour habitude de dĂ©peindre une Naples de carte postale. À l’inverse, ces jeunes chantent l’amour, la trahison, le sexe, la drogue, voire, pour certains, le crime organisĂ©. Le tout dans un mĂ©lange de langue napolitaine et de pop façon Claudio Baglioni. Leurs noms: Nino D’Angelo, Patrizio, Gigi Finizio. Ce qu’ils jouent n’a pas encore de nom, et n’en aura pas jusqu’à ce que le journaliste Federico Vacalebre baptise, une dĂ©cennie plus tard, cette musique le “neomelodico ”. “Dans un livre collectif, j’ai trouvĂ© un essai d’un type appelĂ© Peppe Aiello qui parlait de la chanson nĂ©o-mĂ©lodique, et cela allait comme un gant avec ce que l’on vivait lĂ , confie aujourd’hui celui qui est responsable de la rubrique culture du quotidien local Il mattino. J’ai repris ce terme dans un article, puis j’ai Ă©crit un livre Ă  ce sujet, intitulĂ© Dentro il vulcano (“À l’intĂ©rieur du volcan”, publiĂ© en 1999, ndlr), qui a posĂ© les bases de la dĂ©finition du phĂ©nomĂšne. Petit Ă  petit, le mot est devenu courant.” ParallĂšlement, le nĂ©o-mĂ©lodique passe des radios de quartier Ă  la tĂ©lĂ©vision. “À cette Ă©poque, les chaĂźnes proposaient, via des lignes tĂ©lĂ©phoniques payantes, les chanteurs les plus populaires du genre comme Gigi D’Alessio, Franco Ricciardi ou Maria Nazionale reprend Vacalebre. Le principe Ă©tait simple: vous appeliez et vous disiez ‘Gigi, chante-moi cette chanson, je veux la dĂ©dier Ă  ma mĂšre / Ă  mon petit ami / Ă  mon cousin qui est en prison
’ et eux chantaient a capella pendant que vous payiez.” ConsĂ©quence: D’Alessio devient une pop star nationale, Franco Ricciardi gagne quelques prix et Maria Nazionale finit Ă  l’affiche du film Gomorra, de Matteo Garrone. Les autres, eux, voient leur renommĂ©e bloquĂ©e aux frontiĂšres de la Campanie.

Society #264

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