Les implants du malheur | Society
C'est arrivé prÚs de chez vous

Les implants du malheur

Nicolas G., chirurgien esthétique à Bayonne, aurait une étonnante habitude: poser à ses patientes des implants bien plus gros que ce qu'elles avaient demandé. Par perversion ou bien par appùt du gain? Aujourd'hui, elles ont décidé de porter plainte.
  • Par Pierre-Philippe Berson, Ă  Bayonne / Illustrations: Romane Granger
  • 14 min.
  • Faits divers
L'image montre un jeu de société inspiré du jeu "Opération", avec une illustration d'une personne allongée, des formes découpées sur le corps, et des mains gantées tenant des instruments chirurgicaux.
 Illustrations: Romane Granger pour Society

Le vĂȘtement prĂ©fĂ©rĂ© d’Ingrid Berger n’est pas propice Ă  la balade, et encore moins pensĂ© pour les beaux jours d’étĂ©. Cette piĂšce favorite, c’est le cardigan. Le bon vieux gilet Ă  grosses mailles, moelleux et rĂ©confortant, prĂ©sente l’avantage d’ĂȘtre “casual ”, Ă  la fois sĂ©rieux lors de rendez-vous professionnels pour celle qui exerce le mĂ©tier d’avocate et dĂ©contractĂ© pour glander chez elle Ă  Anglet, sur la cĂŽte basque. “C’est pratique, on les enfile sur un t-shirt ou sur un polo. Quand on a chaud ou froid, ça se met et s’enlĂšve facilement. Plus habillĂ©, sous une veste de blazer, ça passe bien. J’ai toujours portĂ© ça”, dĂ©veloppe cette Franco-AmĂ©ricaine de 49 ans, mĂšre de deux enfants, qui exerçait outre-Atlantique avant son dĂ©mĂ©nagement dans le Sud-Ouest en 2018. Meilleur ami nichĂ© dans sa garde-robe, le cardigan lui sert aussi de point de repĂšre. Quand elle travaille derriĂšre son ordinateur, assise, le buste droit, il se rabat sur ses seins, et c’est lĂ  un confort de travail. Sa poitrine, Ingrid Berger la dĂ©crit “de petite taille”, malgrĂ© la pose d’implants mammaires en 2010. D’un volume de 200 centimĂštres cubes (ou “cc”, comme on dit dans le jargon de la chirurgie plastique), ces derniers cadrent avec sa silhouette d’1,63 mĂštre pour 51 kilos. Ces seins modestes, elle entendait bien les conserver. Mais en mai 2022, Ingrid Berger passe une mammographie, qui rĂ©vĂšle une fuite de ses implants mammaires. Ils ont Ă©tĂ© posĂ©s dans une clinique amĂ©ricaine et Ingrid doit les faire remplacer. L’opĂ©ration semble simple, en apparence. Elle recherche sur Internet un chirurgien prĂšs de chez elle et tombe sur Nicolas G., Ă  Bayonne. Elle aurait prĂ©fĂ©rĂ© une chirurgienne. “Une femme connaĂźt ce corps-lĂ , elle va comprendre ce que je veux dire, par exemple quand je dis que mon cardigan doit tomber devant mes seins”, replace-t-elle. Malheureusement, les crĂ©neaux disponibles avec les chirurgiennes sont peu nombreux, il faut attendre plusieurs mois pour un rendez-vous et plus encore pour une opĂ©ration. Le docteur G., lui, propose une date “trĂšs rapidement”. Quand elle se prĂ©sente chez le praticien le 13 juillet 2022 pour une premiĂšre consultation, le bon feeling balaye ses rĂ©ticences. “Il prĂ©sente bien, il est sympa, souriant, facile d’accĂšs”, remet-elle. Quand elle sort du cabinet, Ingrid est rassurĂ©e. “Je me dis: ‘Je fonce.’”

Society #264

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