

La scĂšne se dĂ©roule le 31 mars dernier, dans lâauditorium du centre Metz CongrĂšs Robert-Schuman. Toutes les toques de France ont fait le dĂ©placement en Moselle. Alors que la cĂ©rĂ©monie des Ă©toiles du Guide Michelin commence Ă sâĂ©terniser, un homme rĂ©veille subitement lâassistance, bien malgrĂ© lui. AppelĂ© Ă recevoir le prix honorifique du Chef Mentor, Bernard Pacaud sâavance vers lâestrade. Au milieu des Philippe Etchebest, Glenn Viel, Anne-Sophie Pic et autres caciques mĂ©diatiques de la profession, le chef de LâAmbroisie dĂ©tonne. Timide, taiseux, visiblement mal Ă lâaise. RĂ©compensĂ© de trois macarons depuis 1988, ce qui en fait le plus ancien chef vivant triplement Ă©toilĂ© de France, lâhomme est Ă peu prĂšs aussi mĂ©connu des mĂ©dias et du grand public quâestimĂ© et reconnu de ses pairs. En tĂ©moigne la poignante standing ovation que lui rĂ©serve alors la grande confrĂ©rie des chefs. Ă ses cĂŽtĂ©s, sa femme, DaniĂšle, a bien du mal Ă retenir ses larmes. Bernard, lui, ne pleure pas, il contracte juste un peu la mĂąchoire au moment de se saisir du micro, avant dâenvoyer laconiquement: âMoi, jâĂ©tais un orphelin. Jâai eu une mĂšre, la mĂšre Brazier, et un pĂšre, Claude Peyrot, voilĂ â, puis de redescendre fissa. Une maniĂšre pudique de saluer la mĂ©moire de deux autres lĂ©gendes de la gastronomie et de signifier que la cuisine lui a sauvĂ© la vie. BientĂŽt, tout cela sera fini pour lui. AprĂšs plus de six dĂ©cennies passĂ©es aux fourneaux, Bernard Pacaud, 77 ans, sâapprĂȘte Ă rendre son tablier.














