II. Vivre en zone blanche | Society
Reportage

II. Vivre en zone blanche

Dans les fĂȘtes, au travail, Ă  la maison, en ville, Ă  la campagne, chez les riches, chez les pauvres: la cocaĂŻne est dĂ©sormais partout en France, et tout le temps, alertait en dĂ©cembre dernier l'OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives). Comment cela est-il arrivĂ©? Pourquoi? Une partie des rĂ©ponses se trouve dans les trois histoires de ce dossier.
  • Par Victor Jezequel / Photos: StĂ©phane Lagoutte/Myop
  • 13 min.
  • Reportage
Une femme est assise sur un canapé, parlant au téléphone. Elle porte un haut coloré et un jean. Devant elle, une table basse avec des bouteilles et des verres. D'autres personnes sont présentes en arriÚre-plan.
 StĂ©phane Lagoutte

BOHAIN-EN-VERMANDOIS (AISNE). “Attention au teckel. Je monte la garde.” Les yeux du chien figurant sur le panneau placardĂ© derriĂšre la fenĂȘtre d’un appartement en brique donneraient presque la sensation que l’animal veille vraiment sur la route et l’entrepĂŽt d’en face. En ce vendredi matin d’hiver particuliĂšrement poisseux, il n’y a pourtant pas grand-chose Ă  observer Ă  Bohain-en-Vermandois, dans l’Aisne. Le silence rĂšgne et la grisaille rĂ©vĂšle l’austĂ©ritĂ© des petites maisonnettes Ă©triquĂ©es. Il y a trois ans, en janvier 2023, la mĂȘme rue de cette petite ville de 5 700 habitants avait pourtant connu une animation inhabituelle. Les gendarmes avaient dĂ©couvert que l’entrepĂŽt -en rĂ©alitĂ©, une ancienne usine fermĂ©e depuis plusieurs annĂ©es- avait Ă©tĂ© transformĂ© en laboratoire clandestin destinĂ© Ă  la production de cocaĂŻne. En levant le rideau mĂ©tallique, ils y avaient trouvĂ© deux hommes d’origine colombienne, les bras en l’air, lançant des “Quimicos, Quimicos” (“chimistes”, en espagnol) paniquĂ©s, deux autres hommes cachĂ©s au milieu des bidons de lessive et des cartons de shampoing, ainsi que 20 kilos de cocaĂŻne, 100 kilos de produits de coupe, un four et des presses utilisĂ©es pour conditionner la drogue en pains. Le teckel n’avait apparemment pas bien fait son travail. Dans le village, les habitants n’avaient pas non plus Ă©tĂ© alertĂ©s par les nombreuses allĂ©es et venues nocturnes de diffĂ©rents camions. “Ça a durĂ© trois ans, et personne n’a jamais imaginĂ© qu’il se passait quelque chose”, raconte StĂ©phanie L., serveuse Ă  La Croix rouge, un restaurant proposant un buffet Ă  volontĂ© Ă  l’angle formĂ© par les rues Pasteur et Paulin-Pecqueux. Les deux chimistes colombiens, ĂągĂ©s de 23 et 42 ans, ont dĂ©clarĂ© aux autoritĂ©s ĂȘtre arrivĂ©s en France seulement quelques semaines plus tĂŽt, par l’intermĂ©diaire d’un narcotrafiquant surnommĂ© “Bloody”. Ils auraient Ă©tĂ© payĂ©s 2 000 euros chacun pour fabriquer du produit de coupe et conditionner plusieurs centaines de kilos de cocaĂŻne sous forme de pains. La tĂȘte du rĂ©seau, un certain “Tagalpogo”, a, lui, Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© par les policiers de la sĂ»retĂ© territoriale des Hauts-de-Seine. À son domicile, les enquĂȘteurs ont retrouvĂ© 40 000 euros, 700 grammes de cocaĂŻne, une dizaine de montres de luxe, ou encore un pistolet semi-automatique Glock 17. “Maintenant, on surnomme Bohain ‘la ville des droguĂ©s’”, pouffe StĂ©phanie, un tablier autour de la taille et les cheveux ramassĂ©s en chignon, pendant qu’elle dĂ©barrasse les derniĂšres tables.

France CocaĂŻne: Alerte blanche

Society #273

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