

BOHAIN-EN-VERMANDOIS (AISNE). âAttention au teckel. Je monte la garde.â Les yeux du chien figurant sur le panneau placardĂ© derriĂšre la fenĂȘtre dâun appartement en brique donneraient presque la sensation que lâanimal veille vraiment sur la route et lâentrepĂŽt dâen face. En ce vendredi matin dâhiver particuliĂšrement poisseux, il nây a pourtant pas grand-chose Ă observer Ă Bohain-en-Vermandois, dans lâAisne. Le silence rĂšgne et la grisaille rĂ©vĂšle lâaustĂ©ritĂ© des petites maisonnettes Ă©triquĂ©es. Il y a trois ans, en janvier 2023, la mĂȘme rue de cette petite ville de 5 700 habitants avait pourtant connu une animation inhabituelle. Les gendarmes avaient dĂ©couvert que lâentrepĂŽt -en rĂ©alitĂ©, une ancienne usine fermĂ©e depuis plusieurs annĂ©es- avait Ă©tĂ© transformĂ© en laboratoire clandestin destinĂ© Ă la production de cocaĂŻne. En levant le rideau mĂ©tallique, ils y avaient trouvĂ© deux hommes dâorigine colombienne, les bras en lâair, lançant des âQuimicos, Quimicosâ (âchimistesâ, en espagnol) paniquĂ©s, deux autres hommes cachĂ©s au milieu des bidons de lessive et des cartons de shampoing, ainsi que 20 kilos de cocaĂŻne, 100 kilos de produits de coupe, un four et des presses utilisĂ©es pour conditionner la drogue en pains. Le teckel nâavait apparemment pas bien fait son travail. Dans le village, les habitants nâavaient pas non plus Ă©tĂ© alertĂ©s par les nombreuses allĂ©es et venues nocturnes de diffĂ©rents camions. âĂa a durĂ© trois ans, et personne nâa jamais imaginĂ© quâil se passait quelque choseâ, raconte StĂ©phanie L., serveuse Ă La Croix rouge, un restaurant proposant un buffet Ă volontĂ© Ă lâangle formĂ© par les rues Pasteur et Paulin-Pecqueux. Les deux chimistes colombiens, ĂągĂ©s de 23 et 42 ans, ont dĂ©clarĂ© aux autoritĂ©s ĂȘtre arrivĂ©s en France seulement quelques semaines plus tĂŽt, par lâintermĂ©diaire dâun narcotrafiquant surnommĂ© âBloodyâ. Ils auraient Ă©tĂ© payĂ©s 2 000 euros chacun pour fabriquer du produit de coupe et conditionner plusieurs centaines de kilos de cocaĂŻne sous forme de pains. La tĂȘte du rĂ©seau, un certain âTagalpogoâ, a, lui, Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© par les policiers de la sĂ»retĂ© territoriale des Hauts-de-Seine. Ă son domicile, les enquĂȘteurs ont retrouvĂ© 40 000 euros, 700 grammes de cocaĂŻne, une dizaine de montres de luxe, ou encore un pistolet semi-automatique Glock 17. âMaintenant, on surnomme Bohain âla ville des droguĂ©sââ, pouffe StĂ©phanie, un tablier autour de la taille et les cheveux ramassĂ©s en chignon, pendant quâelle dĂ©barrasse les derniĂšres tables.


















