Tonnerre de Brest | Society
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Tonnerre de Brest

Chaque annĂ©e, des dizaines de milliers de navires transitent par le rail d’Ouessant, au large de la Bretagne. Parmi eux, des vraquiers pourris, des semi-Ă©paves sous pavillon de complaisance, des bateaux fantĂŽmes et autant de marins maltraitĂ©s dont personne ne se soucie. Seule une femme veille sur eux: Laure Tallonneau, inspectrice de la FĂ©dĂ©ration internationale des ouvriers du transport. Society l’a rencontrĂ©e.
  • Par Robin Bouctot, Ă  Brest - Photos: Renaud Bouchez
  • 11 min.
  • Portrait
Une personne portant une veste de sécurité jaune et bleue se tient devant des conteneurs maritimes empilés.
 Photos : Renaud Bouchez pour Society

Le rodĂ©o du World Trader dure depuis trois jours en mer d’Iroise, et Laure Tallonneau bouillonne. “Le commandant veut repartir Ă  midi. Il y a deux marins ukrainiens Ă  bord qui m’ont appelĂ©e au secours. Ils me disent qu’ils ne sont pas payĂ©s, qu’ils n’en peuvent plus et qu’ils exigent d’ĂȘtre dĂ©barquĂ©s, mais l’armateur n’en a rien Ă  faire. Si on les laisse reprendre la route, c’est la catastrophe assurĂ©e”, dĂ©bite l’inspectrice de la FĂ©dĂ©ration internationale des ouvriers du transport (ITF), l’énorme organisation mondiale dĂ©vouĂ©e Ă  l’amĂ©lioration des conditions de travail dans le secteur. Le vieux remorqueur de 31 mĂštres, dĂ©sarmĂ© il y a trois ans, a quittĂ© Calais le 2 dĂ©cembre dernier pour Casablanca, retrace-t-elle, Ă  la peine pour identifier ses obscurs propriĂ©taires. “Ils sont partis de Rotterdam et ils se sont dĂ©jĂ  Ă©chouĂ©s Ă  Boulogne-sur-Mer. Les autoritĂ©s du port de Calais les ont laissĂ©s partir malgrĂ© les avaries pour ne pas se retrouver avec un bateau poubelle coincĂ© Ă  quai. C’est une honte. Le certificat d’enregistrement de leur pavillon du BĂ©lize Ă©tait expirĂ© depuis une semaine. Leur radar ne fonctionne pas, leur pilote automatique non plus. Ce bateau est complĂštement pourri!” Pris en charge une premiĂšre fois le 3 dĂ©cembre au large des cĂŽtes bretonnes aprĂšs une panne de propulsion, le World Trader est retombĂ© en rade un peu plus au sud deux jours plus tard: black-out gĂ©nĂ©ral Ă  bord. “Ils ont Ă©tĂ© remorquĂ©s jusqu’à un mouillage dans la baie de Douarnenez, mais leur chaĂźne d’ancre a cassĂ© dans la nuit. Avec la dĂ©rive, ils ne sont pas passĂ©s loin de finir sur la cĂŽte. Pourtant, jusqu’au bout, le capitaine n’a pas voulu pas donner l’alerte. Aujourd’hui, il veut continuer vers le Maroc. Ils sont en danger de mort, il faut les forcer Ă  accoster le port de Brest coĂ»te que coĂ»te!”

Society #273

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