I. Françoise Sagan et les zombies | Society
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I. Françoise Sagan et les zombies

Dans les fĂȘtes, au travail, Ă  la maison, en ville, Ă  la campagne, chez les riches, chez les pauvres: la cocaĂŻne est dĂ©sormais partout en France, et tout le temps, alertait en dĂ©cembre dernier l'OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives). Comment cela est-il arrivĂ©? Pourquoi? Une partie des rĂ©ponses se trouve dans les trois histoires de ce dossier.
  • Par Victor le Grand / Photos: StĂ©phane Lagoutte/Myop
  • 22 min.
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Une main tient une carte blanche, et il y a un effet de superposition ou de flou artistique sur l'image.
 StĂ©phane Lagoutte

PARIS. Franck Mancuso n’a aucun mal Ă  l’admettre: s’il refaisait aujourd’hui ce qu’il a pu faire Ă  une Ă©poque, il irait sans doute “au trou direct”. Pourtant, durant ses sept ans passĂ©s Ă  la brigade des stupĂ©fiants et du proxĂ©nĂ©tisme (BSP), de 1983 à 1990, il a Ă©tĂ©, de l’avis de ses anciens collĂšgues, l’un des meilleurs de sa gĂ©nĂ©ration pour ce qu’on appelle des “coups d’achat”. Comprendre: se faire passer pour un acheteur de drogue ; rencontrer un dealer, entamer une transaction ; donner l’argent, recevoir la came ; prĂ©venir discrĂštement par un signal convenu en amont -les mains dans les cheveux, notamment- le renfort planquĂ© pas trĂšs loin ; arrĂȘter en flagrant dĂ©lit le revendeur ; emmagasiner, enfin, des renseignements pour dĂ©manteler des rĂ©seaux. Pour pĂ©nĂ©trer ce milieu opaque, Franck Mancuso s’est toujours inventĂ© un personnage, une couverture. “J’écrivais un scĂ©nario de ma fausse identitĂ©â€, dit-il aujourd’hui. Jouant sur ses origines transalpines et sa maĂźtrise de la langue italienne, il s’appelait alors Franck Moreno, un concessionnaire milanais Alfa Romeo ayant dĂ©jĂ  fait de la prison Ă  Poissy. Pour ses sorties en ville, il bĂ©nĂ©ficiait d’un budget lui permettant de rĂ©gler l’addition. Il roulait Ă  moto ou en voiture allemande -Audi, Mercedes, BMW. En revanche, Mancuso n’a jamais possĂ©dĂ© d’arme. Juste un coup-de-poing amĂ©ricain, qu’il cachait dans l’une de ses bottes. Et c’est ainsi qu’en 1985, deux ans Ă  peine aprĂšs son arrivĂ©e aux “Stups”, il a rĂ©alisĂ© son premier “coup” : la saisie d’un kilo de cocaĂŻne, pour la somme de 800 000 francs. L’équivalent, aujourd’hui, d’environ 250 000 euros. Cette prise reste aussi la premiĂšre d’envergure de la BSP concernant la cocaĂŻne. Jusqu’ici, la brigade s’intĂ©ressait au cannabis et surtout Ă  l’hĂ©roĂŻne qui, d’abord marginale et limitĂ©e Ă  une jeunesse post-soixante-huitarde en quĂȘte de sensations fortes, touche en masse Ă  partir des annĂ©es 1970-1980 une autre jeunesse, venue de banlieue parisienne et des quartiers populaires de la capitale, jusqu’à devenir une Ă©pidĂ©mie. C’est l’époque, Ă  Paris, de l’ülot Chalon, un quartier au cƓur du XIIearrondissement au sein duquel des entrepĂŽts abandonnĂ©s servent de zones de stockage d’hĂ©roĂŻne, oĂč le trafic et les shoots collectifs se font en pleine rue, et oĂč les habitants sont contraints d’enjamber chaque soir des toxicomanes dans leur hall d’immeuble pour rentrer chez eux.

France CocaĂŻne: Alerte blanche

Society #273

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