

BÉLAYE (LOT). C’est une routine à laquelle ils n’auraient jamais imaginé s’habituer, même dans leurs pires cauchemars. Chaque jour ou presque, Xavier et Nicole Bony roulent à travers les collines du Lot pour parcourir les quelques kilomètres qui séparent leur maison de Bélaye du cimetière du village haut perché de Carnac-Rouffiac. Un lopin de terre de quelques tombes à peine, adossé à un presbytère d’où s’échappe parfois, comme en cette fin d’après-midi du début d’année, une douce odeur de feu de bois. “Il y a des gens qui vivent ici. Ils disent qu’ils veillent sur notre fils”, note tristement Nicole Bony en franchissant avec son mari le portail grinçant qui garde l’accès aux morts. Emmitouflés dans leurs manteaux d’hiver, les époux filent jusqu’à cette sépulture pas comme les autres, couverte de bouquets de fleurs, de photos d’un jeune homme sautant en parachute ou en pleine course à pied, et d’une pagaille d’objets, des camions de chantier miniatures, une grosse clé de mécanicien. Les signes d’une vie récente, fauchée d’un coup, sans prévenir. Théo Bony est décédé le 11 juin 2025, à 28 ans. À cause d’une overdose de cocaïne, comme ses parents l’ont expliqué sans sourciller lors de son enterrement. “C’était important de le dire. On ne voulait pas que notre fils parte comme ça, dans une sorte de secret, et que les gens disent dans son dos qu’il se camait”, explique Xavier Bony. Le cadet de la famille, joyeux couteau suisse d’une entreprise de bâtiment et pompier volontaire accompli, sniffait de la poudre depuis près de dix ans. Une addiction, pure et dure. “C’est fou de se le dire. Il a perdu son combat contre ses démons. C’était trop fort, soupirent ses parents dans le silence paisible du cimetière. On n’a pas réussi à le sauver, alors on vient au cimetière pour ne pas l’abandonner.”


















