

Il est 9h30 ce lundi matin de fĂ©vrier 2026, et pour la premiĂšre fois depuis prĂšs dâun quart de siĂšcle, lâagenda dâĂric Mouzin est vide. Il nây a plus de convocation chez un juge dâinstruction, plus de rĂ©union de crise avec des avocats, plus dâinterview Ă caler entre deux rendez-vous pros, plus de trains qui partent Ă 6h du matin. Juste le soleil dâhiver qui tape sur les vitres. Dans son bureau, câest le moment du grand tri. Autour de lui, des cartons. Des milliers de pages. Cinquante mille cotes de procĂ©dure, pour ĂȘtre exact. Auxquelles sâajoutent ses documents professionnels. Il est expert pour des compagnies dâassurances pour encore quelques semaines, le temps de boucler une dizaine de dossiers, puis ce sera la retraite. Pas seulement celle du mĂ©tier, mais aussi lâautre, plus intime et lourde: âJâen ai ras le bol de nâĂȘtre que âle pĂšre dâEstelleâ. Je ne veux plus ĂȘtre rĂ©duit à ça.â Ă plus de 70 ans, Ăric Mouzin veut son âdeuxiĂšme tourâ. Retrouver la lĂ©gĂšretĂ©, âpasser par-dessus les monstresâ, voyager, photographier les oiseaux, sâoccuper de sa famille. Lâautre jour, il a emmenĂ© son petit-fils Hector au musĂ©e voir le Concorde ; câĂ©tait simple et nourrissant. Mais avant cela, il a fallu traverser lâenfer: la condamnation de lâĂtat, la perpĂ©tuitĂ© pour Monique Olivier, accepter que le corps dâEstelle ne revienne jamais.
















