


Le Roi se meurt, mis en scène par Georges Werler
“J’étais en première au lycée de Sèvres et, avec ma classe, on est allés voir la pièce au théâtre de l’Atelier (à Paris, ndlr) . J’ai cru que Michel Bouquet, qui jouait le roi, était en train de mourir sous nos yeux. Je me suis dit que les gens ne se rendaient pas compte, qu’ils pensaient qu’il faisait semblant alors qu’il mourait vraiment. Bon, il se trouve qu’il a joué cette pièce pendant au moins 20 ans après ça, donc finalement, il n’est pas vraiment mort ce jour-là, mais ça m’avait fascinée. Je faisais déjà du théâtre à l’époque. J’ai commencé à 8 ans pour échapper au piano, qui ne me plaisait pas du tout et pour lequel j’étais vraiment nulle -j’étais gauchère et gauche-, donc j’ai fait comme ma sœur, du théâtre. Mes parents m’emmenaient régulièrement voir des pièces, mais celle-là, c’est mon premier choc de spectatrice. Je me suis rendu compte à quel point le théâtre, censé être un miroir grossissant de l’humanité, pouvait être réel et intime. Plus tard, j’ai acheté le livre de Michel Bouquet, La Leçon de comédie, qui m’a accompagnée tout au long de mon parcours. Il avait un rapport très pointilleux et très généreux à son art.”

Le Costume, mis en scène par Peter Brook
“Je l’ai vue en 1999, aux Bouffes du Nord. À l’époque, j’étais à la fac, je faisais un peu de doublage de dessins animés ou de films et quelques courts-métrages en attendant que les choses concrètes arrivent, et je remplissais beaucoup mes soirées avec du théâtre. Mon amoureux était fou de Peter Brook, c’est lui qui m’a emmenée voir cette pièce. Elle est tirée d’une nouvelle de Can Themba, un auteur sud-africain qui vivait dans les townships. C’est une tragédie qui tient dans un mouchoir de poche, avec un homme très amoureux de sa femme qui la surprend un jour au lit avec son amant. L’amant s’enfuit et, dans la panique, oublie de récupérer son costume. À partir de ce moment-là, le mari jaloux et trahi va imposer à son épouse la présence du costume dans leur vie au quotidien, à table, dans leur lit, etc. C’est une espèce de culpabilisation de la femme très douloureuse. Ça m’avait bouleversée parce que l’écriture est très sobre et en même temps très poétique. Ce qui m’avait marquée aussi, c’est le travail sur le corps. Le corps comme base de tout, avant le texte, avant les mots. Et enfin, il y avait des comédiens incroyables: Sotigui Kouyaté, Marianne Jean-Baptiste, Bakary Sangaré.”
















