

Soixante-six ans après avoir lancé la poupée Barbie et transformé pour des générations entières la représentation de la beauté féminine, la société américaine Mattel a annoncé, début octobre dernier, la création de poupées rugbywomen. Prenant pour modèles Nassira Konde (France), Ilona Maher (États-Unis), Ellie Kildunne (Angleterre) et Portia Woodman-Wickliffe (Nouvelle-Zélande), les Barbie s’affichent désormais en short et maillot, ballon ovale à la main, avec l’objectif, selon la firme américaine, d’“offrir aux enfants des figures inspirantes auxquelles s’identifier”. La présentation de la “team Barbie” a eu lieu le 11 octobre, à l’occasion de la Journée internationale des droits des filles, créée afin de dénoncer les inégalités de genre auxquelles font face les filles à travers le monde. Sacrée coïncidence! À un détail près: seule la Barbie à l’effigie d’Ilona Maher sera disponible à la vente, et cela pas avant 2026. Les autres resteront à l’état de prototype. “Puisque les enfants n’auront pas les poupées entre les mains, ces jouets ne pourront pas vraiment avoir d’effet sur eux”, commente Béatrice Barbusse, sociologue du sport et autrice de Du sexisme dans le sport, qui relativise également la diversité corporelle mise en avant par Mattel: à part quelques muscles saillants au niveau des bras, Barbie Ilona semble davantage taillée pour participer à un défilé de mode que pour pousser en mêlée. La Française Nassira Konde se réjouit quand même de l’initiative. “Quel plaisir de voir une poupée de la même couleur que moi et avec cette texture de cheveux! commente la joueuse. J’aurais aimé en avoir une comme ça quand j’étais enfant.” Mattel peut en tout cas espérer surfer sur le succès de la dernière Coupe du monde de rugby: lors de leur demi-finale contre l’Angleterre, les filles du XV de France ont attiré 3,8 millions de téléspectateurs, un record d’audience historique pour un match de rugby féminin. “C’est de l’opportunisme commercial, tranche Béatrice Barbusse. Les effets positifs sont minimes, et Barbie ne va pas changer à elle seule l’avenir du sport féminin. Mais en attendant, c’est peut-être mieux que rien.”














