Le vrai Marty Supreme | Society
Story

Le vrai Marty Supreme

Dans Marty Supreme, le dernier film de Josh Safdie, le rÎle joué par Timothée Chalamet est ouvertement inspiré de Marty Reisman, légende new-yorkaise du ping-pong décédée en 2012 et, de l'avis de ceux qui l'ont connu, personnage plus charismatique encore que la version de lui donnée à l'écran. Les preuves ci-dessous.
  • Par GrĂ©goire Belhoste, Ă  New York
  • 25 min.
  • Story
Un homme portant un chapeau et des lunettes joue au ping-pong dans une piÚce verte. Il tient une raquette rouge et est entouré de balles jaunes. Son ombre est projetée sur le mur.
 Getty / Neville Elder

On l’appelle “le Mur gris”. À bientĂŽt 89 ans, Jerome Charyn n’a plus le jeu de jambes d’autrefois, mais sa dĂ©fense reste redoutable. Le dos voĂ»tĂ©, un bandana nouĂ© autour du cou, il renvoie les balles d’un geste ample et sec, rĂ©pĂ©tĂ© des milliers de fois, ploc-ploc-ploc, pendant de longues minutes, dans le sous-sol de SPiN, un club de ping-pong en plein cƓur de Manhattan, au croisement de Park Avenue et de la 23e rue. “Ma vie, ce sont les mots. Mais si j’avais su jouer comme mon entraĂźneur, j’aurais renoncĂ© Ă  tous les mots pour me consacrer entiĂšrement au jeu”, confie le romancier, auteur de plus d’une cinquantaine de livres, dont un essai sur son sport favori. Dehors, un manteau blanc recouvre les rues de New York depuis qu’une tempĂȘte de neige a balayĂ© la ville trois jours plus tĂŽt. Mais il en faut plus pour dĂ©courager le natif du Bronx, qui vient s’entraĂźner lĂ  deux fois par semaine, histoire de garder la forme et peut-ĂȘtre surtout de maintenir le lien qui l’unit Ă  son ancien professeur, aujourd’hui disparu: Marty Reisman. Une amitiĂ© de 50 ans, dont les racines remontent aux annĂ©es 1970. À l’époque, l’écrivain vient de rentrer Ă  New York aprĂšs quelques annĂ©es passĂ©es Ă  enseigner Ă  Stanford, en Californie. Tout juste sĂ©parĂ©, d’humeur morose, il pousse un jour la porte d’un club de tennis de table de Manhattan, non loin de son cinĂ©ma art et essai prĂ©fĂ©rĂ©, et tombe sur Marty Reisman, qu’il surnomme encore aujourd’hui “l’Aiguille”, en rĂ©fĂ©rence Ă  sa silhouette longiligne. Un joueur comme on en croise une ou deux fois dans sa vie. “Il avait un don, se souvient le romancier. Je pourrais m’entraĂźner pendant 150 ans, je ne serais jamais comme lui.” Parmi les nombreux clubs oĂč Marty Reisman a traĂźnĂ© ses guĂȘtres jusqu’à sa disparition en 2012, SPiN, est le seul Ă  avoir survĂ©cu. “L’esprit de Marty plane encore ici”, confie Franck Raharinosy, l’un des fondateurs de l’endroit, en dĂ©signant la couverture d’un vieux magazine sur laquelle Reisman dĂ©gaine un revers foudroyant. La une est accrochĂ©e au mur d’une piĂšce privĂ©e baptisĂ©e “Marty’s Room”. On peut y siroter un cocktail au mezcal, lui aussi nommĂ© en hommage au parrain officieux des lieux.

Society #275

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