
L’image qui revient le plus souvent, quand on parle de cette conférence à ceux qui l’ont vécue, est celle d’un lancement de fusée. Sauf que le pas de tir est une salle de cinéma, et la fusée, un album de bande dessinée à paraître: Peau d’homme, fruit d’une quatrième collaboration entre deux amis depuis 20 ans, le scénariste Hubert et le dessinateur Zanzim. En cette journée maussade de janvier 2020, et comme chaque année pendant le Festival international de la BD, la maison d’édition Glénat a loué le cinéma CGR d’Angoulême pour sa grand-messe. Il y a là 300 libraires et journalistes entassés sur des fauteuils rouges, du café tiède dans des gobelets en carton et quelques auteurs invités à venir faire décoller leur prochain album. C’est l’occasion de prendre le pouls d’une sortie, de savoir quels ciels la fusée pourra -ou non- tutoyer. Pour Peau d’homme, Franck Marguin, éditeur chez Glénat, où doit paraître le livre, est plutôt confiant. Une version provisoire de l’album, en noir et blanc, circule depuis quelques semaines. Les libraires sont enthousiastes et, pour ce que ça vaut, tout le monde le lui répète: “Ce bouquin est génial, ça va être un hit.” Quand vient leur tour, Hubert et son grand corps tendu montent sur scène. Le matin, le scénariste s’est levé extrêmement malade, une grippe carabinée. Marguin, qui édite ses livres depuis 20 ans, ne l’a jamais vu aussi mal. Mais magie du spectacle, une fois sur les planches, plus rien ne transparaît: Hubert fait du Hubert. Il déroule les thématiques de Peau d’homme comme un TGV fend la plaine: la domination des hommes, l’homosexualité, le fanatisme religieux. Le verbe rapide et facile, la pensée vive, il emporte son auditoire. La fusée est validée par les professionnels. Hubert semble surexcité.























