Mangas sentinelles | Society
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Mangas sentinelles

Ils traduisent des mangas japonais depuis leur chambre, souvent la nuit, toujours gratuitement. Vingt heures de travail par chapitre, zĂ©ro centime en retour. Ceux que l'on appelle “scantradeurs” ou “scanlators” sont des pirates amoureux de la culture manga que l'intelligence artificielle menace aujourd'hui de remplacer.
  • Par Anthony Mansuy
  • 7 min.
  • Portrait
Illustration pour Mangas sentinelles
 

C’est 21h47, ce jour de mi-dĂ©cembre dernier. Thomas*, 24 ans, vient de terminer la traduction de l’un des chapitres d’un manga d’action encore inĂ©dit en France. Depuis son appartement de Rennes, l’étudiant en japonais a passĂ© les quatre derniĂšres heures Ă  jongler entre le texte original, un dictionnaire en ligne et les messages Discord de sa “team ”, une dizaine de bĂ©nĂ©voles dissĂ©minĂ©s entre Lyon, MontrĂ©al et Bruxelles. “Le chapitre sera en ligne demain Ă  14h, envoie-t-il sur le chat. Qui peut faire le check ?” Thomas refuse de rĂ©vĂ©ler le titre du manga sur lequel il travaille. “Si je balance le nom, ça va attirer l’attention. Les éditeurs japonais traquent les leakers (diffuseurs de chapitres piratĂ©s, ndlr) qui fournissent nos raws (scans de mangas originaux, ndlr). Et notre team laisse des traces: notre logo, nos choix de traduction caractĂ©ristiques. On a dĂ©jĂ  vu des serveurs Discord entiers se faire dĂ©foncer aprĂšs qu’un membre a trop parlĂ©, explique-t-il. Et puis, si un Ă©diteur comme GlĂ©nat ou Ki-oon annonce la licence demain, on doit pouvoir retirer nos chapitres discrĂštement.”

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Society #272

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