

Câest un dĂ©cor pour Anglais Ă la retraite, en quĂȘte de campagne bucolique et de fin de vie Ă©picurienne. Mais ce jour de juin, Varaire, Ă une demi-heure de route de Cahors, la prĂ©fecture du Lot, est le centre du monde. Le village de 380 habitants sâapprĂȘte Ă accueillir une date de la tournĂ©e mondiale de Manu Chao. Devant la mairie, lâhĂŽtel-restaurant Les Marronniers, un gĂźte Ă©tape de la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, assiste Ă la bascule. Sur la terrasse, les retraitĂ©s marcheurs en sandales-chaussettes croisent les premiers fans de lâartiste. LâĂ©tat dâusure du t-shirt âMano Negraâ ou âRadio Bembaâ de ces derniers ressemble Ă un passage au carbone 14 de leurs annĂ©es de fidĂ©litĂ©. Certains sont Ă peine plus jeunes que les randonneurs de la spiritualitĂ©, mais eux prĂ©fĂšrent la biĂšre au diabolo. Un autre signe que quelque chose se prĂ©pare: en ce milieu dâaprĂšs-midi, on entend finalement beaucoup plus parler espagnol quâanglais dans les quelques ruelles du village. Et chanter, aussi. Ă lâombre du perron dâune maison, un groupe dâamis reprend en chĆur un titre de rumba catalane qui parle de âmilagroâ. Manu Chao Ă Varaire, câest effectivement quelque chose qui pourrait ressembler Ă un miracle.
Et puis, vers 21h, il monte sur scĂšne. Au taquet. En applaudissant les presque 2 000 personnes rassemblĂ©es devant la scĂšne posĂ©e dans un champ. âComment ça va?â Ă 63 ans et aprĂšs plus de 40 ans de carriĂšre, lâex-chanteur de la Mano Negra ressemble en tous points Ă celui quâil Ă©tait Ă ses dĂ©buts, imbibĂ© de la mĂȘme furia des annĂ©es 1980 qui lâont vu naĂźtre aux yeux du monde. Tout juste a-t-il, avec le temps, Ă©mincĂ© lâaccompagnement musical pour ne garder que lâessentiel. Fini les big bands Ă gĂ©omĂ©trie variable, les quinze personnes qui bondissent sur la scĂšne, les potes qui dĂ©barquent juste pour ajouter de lâĂ©nergie au moment: Manu Chao est dĂ©sormais en version acoustique, accompagnĂ© de deux musiciens seulement. Lucky Salvadori, un jeune Argentin joueur de bichito, une petite guitare originaire de Cordoba, quâil a rencontrĂ© au hasard sur une plage de Santa Marta, en Colombie, et enrĂŽlĂ© presque illico ; et Miguel Rumbao, un percussionniste galicien. Et donc lui, au milieu, derriĂšre sa guitare et assis sur un tabouret. Toujours coiffĂ© de sa casquette quâil porte comme Che Guevara, toujours vĂȘtu dâun pantacourt en jean ou treillis, et toujours avec, sur les Ă©paules, le maillot dâun obscur club de foot ou de basket sud-amĂ©ricain. Ce jour-lĂ , câest celui du club chilien du Deportivo Palestino. Une dĂ©gaine immuable de personnage de bande dessinĂ©e, sorte de Peter Pan de lâ alter-left. Le poing levĂ©, il demande au public: âOn y va, Varaire? Vous ĂȘtes prĂȘts, Varaire?â Varaire est plus que prĂȘt: Varaire nâattend que ça.









