Une saison de Vera Bogdanova | Society
Portrait

Une saison de Vera Bogdanova

Sur la Russie, on lit beaucoup de choses Ă  propos de ses dirigeants, leurs crimes, leurs projets funestes. Dans Saison toxique pour les fƓtus, l'Ă©crivaine Vera Bogdanova nous parle du pays depuis l'intĂ©rieur, et dans la sphĂšre intime. C'est aussi l'histoire d'une gĂ©nĂ©ration, celle des millennials russes, qui, assure l'autrice, a envie que les choses changent. Doit-on y croire?
  • Par HĂ©lĂšne Coutard
  • 11 min.
  • Portrait
Une femme aux cheveux longs et bruns est assise Ă  une table, les bras croisĂ©s sur deux livres. Elle porte une veste noire et des bijoux dorĂ©s. En arriĂšre-plan, une bibliothĂšque remplie de livres et une fenĂȘtre avec vue sur un paysage urbain.
 Illustrations : Seb Agresti pour Society

Tout le monde avait toujours trouvĂ© JĂ©nia un peu spĂ©ciale. C’est comme ça que commence Saison toxique pour les fƓtus, de Vera Bogdanova. Et il n’est pas bien difficile de comprendre que la fille un peu spĂ©ciale, c’est aussi elle, Vera, cette millennial russe de 38 ans qui voit son deuxiĂšme roman, un best-seller depuis plus de trois ans en Russie, ĂȘtre traduit pour la premiĂšre fois en cette rentrĂ©e littĂ©raire 2024. “Depuis l’enfance, les filles russes doivent ĂȘtre obĂ©issantes. On attend d’elles qu’elles soient de bonnes filles, de bonnes Ă©tudiantes, puis de bonnes Ă©pouses et de bonnes mĂšres. Elles doivent faire en sorte que tout le monde soit heureux, sauf elles-mĂȘmes. Et quand une fille ne fait pas tout pour convenir Ă  tous, elle est considĂ©rĂ©e comme ‘un peu spĂ©ciale’”, raconte l’autrice derriĂšre son Ă©cran Ă  Moscou. Dans Saison toxique pour les fƓtus, JĂ©nia est d’abord une petite fille rĂȘveuse Ă  l’étĂ© 1995, puis cette adolescente “spĂ©ciale” Ă  l’étĂ© 2000, avant de devenir une adulte perdue Ă  l’étĂ© 2004, et peut-ĂȘtre enfin une femme quand pointe l’hiver 2013. Tout commence dans une datcha familiale de la campagne moscovite, oĂč elle frĂ©quente ses cousins Ilia et Daria. Le rĂ©cit traversera ensuite les annĂ©es 1990 puis 2000, terribles dĂ©cennies assombries par la crise Ă©conomique, le chĂŽmage et les attentats terroristes. L’histoire d’une gĂ©nĂ©ration dont les Ă©crivains russes de moins de 40 ans s’emparent dĂ©sormais, dĂ©sireux de raconter leurs traumatismes, façonnĂ©s par ceux de leurs parents et grands-parents avant eux.

Society #239

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