Laissez-les danser | Society
Reportage

Laissez-les danser

En Camargue, on l'appelle “La Chu” (prononcez “La Chou”). FondĂ©e en 1965, La Churascaia est le plus vieux night-club de France. Pas le plus branchĂ©, mais sans doute un des plus libres, oĂč jeunes, vieux, riches, pauvres, gitans et travestis viennent de toute la rĂ©gion, et parfois mĂȘme de plus loin, faire la fĂȘte jusqu'au bout de la nuit. Avec un seul mot d'ordre: ne jamais se prendre au sĂ©rieux.
Une personne vĂȘtue d'une robe rouge et de gants assortis se tient dans une foule sous une grande boule Ă  facettes. Elle porte un chapeau rouge avec des franges, qui cache partiellement son visage.
 Photos : ThĂ©o Giacometti pour Society
  • Par Joachim Barbier
  • 12 min.
  • Reportage

Faute de panneaux, il faut se concentrer pour ne pas manquer ce satanĂ© embranchement qui mĂšne Ă  La Churascaia. Maints novices -et mĂȘme quelques habituĂ©s- ont souvent Ă©tĂ© obligĂ©s de faire demi-tour le long de la dĂ©partementale 58 qui tire des droites Ă  travers les vignes entre Aigues-Mortes et Saintes-Maries-de-la-Mer. AprĂšs quelques ratĂ©s voici enfin le chemin qui mĂšne Ă  la boĂźte de nuit, rythmĂ© par des dos-d’ñne vĂ©rolĂ©s dont l’état tĂ©moigne du peu d’entretien qu’ils ont reçu ces derniĂšres annĂ©es. Et puis, quelques centaines de mĂštres plus loin, “La Chu” apparaĂźt. Si un(e) chef(fe) dĂ©corateur(rice) de cinĂ©ma avait imaginĂ© une boĂźte de nuit perdue au fin fond de la Camargue, il/elle n’aurait sĂ»rement pas vu autre chose. Le ciel: une voĂ»te de pins parasols. Le sol: un tapis d’aiguilles. La bande-son: le chant puissant des cigales. Et, histoire de rester dans les clichĂ©s, beaucoup de moustiques. Il est minuit ce dimanche de fin juillet et les premiers groupes de clients se pressent devant la boĂźte, installĂ©e dans la commune de Vauvert. Des grappes de jeunes, des filles en robe noire, des garçons en chemise blanche, nappĂ©s de parfum. On est un peu fĂ©brile dans la file -pas Ă  cause de la peur de ne pas entrer, plutĂŽt par crainte de ne pas ĂȘtre Ă  la hauteur de la soirĂ©e. Dans une voiture, un couple de sexagĂ©naires attend l’ouverture. Lui fume une cigarette Ă  la fenĂȘtre, elle se remaquille dans le rĂ©tro. Ils ont Ă  peu prĂšs l’ñge de La Chu puisque, comme il est fiĂšrement Ă©crit sur la façade, on s’y amuse depuis 1965. Cela en fait le plus ancien night-club encore en activitĂ© de France. Mais il n’est pas seulement question de longĂ©vitĂ© avec La Churascaia: c’est surtout un lieu mythique oĂč, depuis des dĂ©cennies, se sont rĂ©unis autour de la piste de danse jeunes et vieux, riches et pauvres, travestis et gardians (les gardiens de troupeaux de taureaux ou de chevaux en Camargue), vedettes du show-business et ouvriers agricoles, dans une ambiance hĂ©doniste et bienveillante.

Un groupe de personnes entre dans un restaurant nommé "La Churascaia" sous un auvent rouge.
 
L'image montre un mur avec plusieurs affiches. Une affiche colorée montre une femme souriante sur une plage avec le texte "Churascaia Beach" et une date. Une autre affiche en noir et blanc représente une personne tatouée avec un collier de perles. Il y a aussi des petites affiches avec le texte "La Churascaia" et "Les Enfants de la Chu".
 

Society #262

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