

Dans sa petite tasse, le cafĂ© cheio tremble et dĂ©borde Ă chaque secousse. Il faut dire que la Jeep qui vient de se garer devant lui est Ă©norme. Il faut dire aussi que la table sur laquelle est D posĂ©e la petite tasse est bancale. Câest un troquet du sud du Portugal comme il y en a des centaines. Sous les vitrines du comptoir, des pĂątisseries trop grasses attendent depuis des siĂšcles et derriĂšre elles, Dona Isabel se tient prĂȘte Ă servir les bagaços du matin. Le moteur de la Jeep sâĂ©teint, son conducteur descend de la voiture. Pieds nus, il fait le tour du vĂ©hicule, ça lui prend de longues secondes, assez pour que lâon puisse compter les trous de son t-shirt -sept- et toutes les rides que la vie lui a laissĂ©es -douze, Ă la louche, mais elles ne sont pas toutes tristes. Et puis il sâassied. Il a des choses Ă raconter.
Cela fait trois ans dĂ©jĂ que Hugo Vau traĂźne par ici. Dans une autre vie, il Ă©tait surfeur de vagues gĂ©antes. âMais câest fini tout ça et câest mieux comme ça, câest mieux comme çaâŠâ Il le rĂ©pĂšte encore une troisiĂšme fois, en posant sa main gauche sur sa main droite, comme pour lui dire de se calmer -elle commençait Ă sâagiter. âCâest mieux comme çaâ, donc. Hugo Vau a 47 ans, une femme quâil aime et un enfant de 3 ans. Il nâa plus lâĂąge de passer sa vie Ă chasser les monstres des ocĂ©ans. Ă Burgau, un petit village du sud-ouest de lâAlgarve, il a trouvĂ© ce quâil cherchait: une Ă©cole alternative pour son fils, des touristes attirĂ©s par la promesse du soleil et de vagues surfables toute lâannĂ©e -et Ă qui il vend des voyages organisĂ©s aux Açores, oĂč il vit la majeure partie du tempsâ, un peu de douceur de vivre et enfin, la prĂ©sence rĂ©confortante de son ami de toujours, son frĂšre de cĆur, Alex Botelho.














