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Leclerc 2027 ?

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Il Ă©tait dĂ©jĂ  un habituĂ© des mĂ©dias français, mais depuis que l'inflation est tout en haut de l'actualitĂ©, Michel-Édouard Leclerc s'est presque transformĂ© en chroniqueur Ă  plein temps sur certaines tĂ©lĂ©s et radios. Jamais, pourtant, le prĂ©sident du groupe d'hypermarchĂ©s du mĂȘme nom n'avait pris le temps de se poser sur la longueur, pour aller au-delĂ  de son mĂ©lange de militantisme pro-pouvoir d'achat et de communication. C'est chose faite.
  • Par Emmanuelle Andreani, Lucas Duvernet-Coppola et Antoine Mestres
  • 24 min.
  • Interview
Illustration pour Hyperman
 Photos: Frankie et Nikki pour Society

Pendant la crise agricole début 2024, une quarantaine de vos magasins ont été pris pour cible par les agriculteurs. Est-ce que vous comprenez cette colÚre contre vous? Non, on partageait beaucoup de revendications, mais cette colÚre a été artificiellement montée.

Artificiellement, c’est-Ă -dire? La distribution a incontestablement une responsabilitĂ© dans les prix, mais la multiplication des revendications est aussi l’expression de rivalitĂ©s syndicales entre la FNSEA, la ConfĂ©dĂ©ration paysanne et la Coordination rurale dans la perspective des Ă©lections dans les chambres d’agriculture. On a eu un entrepĂŽt E.Leclerc bloquĂ© par des militants de la FNSEA. Ils m’ont interpellĂ© personnellement et on a eu une longue conversation vidĂ©o. Ça s’est trĂšs bien passĂ©. Ensuite, Gabriel Attal est descendu Ă  Toulouse pour rencontrer la ConfĂ©dĂ©ration et la Coordination. Sauf que la FNSEA a senti que les deux autres syndicats Ă©taient valorisĂ©s. Dans un jeu complice, gouvernement et FNSEA nous ont envoyĂ© les agriculteurs. Les prĂ©fets nous ont dit ‘on n’interviendra pas’ et Darmanin rĂ©pĂ©tait: ‘Tant que c’est des dĂ©gĂąts matĂ©riels, on n’intervient pas.’ Pour nous, c’était trĂšs clair.

Donc vous dites que le gouvernement a laissĂ© la FNSEA vous prendre pour cible dĂ©libĂ©rĂ©ment? Oui, c’est comme ça tous les deux, trois ans, depuis 2015.

Mais on ne peut tout de mĂȘme pas nier qu’il y a un malaise agricole, que des agriculteurs vivent dans la misĂšre, que certains sont poussĂ©s au suicide
 Oui, il y a plusieurs niveaux de crise: distorsion de concurrence, rĂ©munĂ©ration, identitĂ©, mais le premier acheteur de l’agriculture, c’est l’industrie agroalimentaire. Le deuxiĂšme, c’est la restauration. La distribution n’achĂšte pas directement Ă  la ferme ou trĂšs peu. On est revendeurs de Danone, NestlĂ©, Lactalis, Charal, D’Aucy


Votre ADN, depuis la crĂ©ation du premier E.Leclerc Ă  Landerneau par votre pĂšre dans les annĂ©es 1960, c’est de vendre moins cher. Ce qui vous est reprochĂ©, c’est de tirer les prix vers le bas et donc d’étrangler les producteurs, les agriculteurs. Ça fait 40 ans qu’on nous dit ça. À 15 ans, quand j’accompagnais mon pĂšre dans les chambres de commerce, j’entendais dĂ©jĂ : ‘Leclerc, tu vends moins cher parce que tu sous-payes tes salariĂ©s et que tu vends du bas de gamme.’ Le premier pavĂ© passĂ© par la fenĂȘtre de mes parents, on Ă©tait tout mĂŽmes, c’étaient des paysans de la coopĂ©rative de Landerneau. Mon pĂšre achetait le lait plus cher aux agriculteurs et le revendait moins cher que les autres commerçants. Ce genre de polĂ©mique a Ă©tĂ© attisĂ© par des concurrents qui ne savaient autrement justifier leurs propres prix.

Society #231

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