“Je suis entré dans la langue” | Society
Gay Talese

“Je suis entré dans la langue”

Moins scandaleux que Norman Mailer, moins stratège que Tom Wolfe, moins déprimé que Truman Capote et moins littéraire que Joan Didion, le journaliste et écrivain américain Gay Talese possède cependant une qualité qui fait défaut à ses anciens camarades: il est encore vivant. À 93 ans, l'emblème du Nouveau Journalisme, dernier mythe littéraire de l'Amérique de JFK, du Vietnam et de la révolution sexuelle, sort même un nouveau livre, Bartleby & moi. Rencontre à New York.
  • Par Théo Denmat, à New York - Photos: George Etheredge
  • 18 min.
  • Interview
Un homme assis dans une pièce remplie de fleurs, avec des décorations florales au premier plan et des murs couverts de photos et de papiers en arrière-plan.
 Photos : George Etheredge pour Society

Pouvez-vous nous raconter la genèse de Bartleby & moi ? Bartleby est un personnage issu d’une nouvelle d’Herman Melville qui parle d’un avocat de Wall Street, vers 1850, qui embauche un scribe appelé Bartleby sans que l’on sache s’il s’agit de son prénom ou de son nom de famille. C’est un compagnon mutique, secret. Tout au long de l’histoire de Melville -16 000 mots, une histoire extrêmement longue–, vous ne savez pas une seule chose de lui. Ni où il est né ni quand, s’il a un père, une mère. Tout l’intérêt de ce livre, c’est que l’on ne sait rien. Et je suis moi-même intéressé par les choses dont on ne sait rien. J’ai toujours voulu écrire sur ceux qui seront ignorés par les nécrologues. C’était déjà le cas pour mes premiers articles, écrits pendant mon service militaire dans le journal de ma base, Inside the Turrel. Ma chronique s’appelait ’Fort Knox Confidential’ et j’y faisais le portrait de soldats inconnus. Aujourd’hui, l’histoire de ce livre est celle de tous les Bartleby que j’ai croisés dans ma vie. Mon ambition est de leur donner une place.

Society #269

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