

Ăpisode prĂ©cĂ©dent : Julie Michel a disparu (2/3)
Lâadjudant-chef Michel Ruiz aime comparer une enquĂȘte Ă un long couloir rempli de portes. Chaque porte donne sur une piste Ă creuser. Une fois que lâon peut considĂ©rer que lâouverture de lâune nâa rien donnĂ©, on la referme et on passe Ă la suivante, et ainsi de suite. Lorsque lâannĂ©e 2015 arrive, trois portes seulement restent trĂšs lĂ©gĂšrement entrouvertes. Celle de lâaccident, dâabord, une hypothĂšse que lâon ne peut pas Ă©carter avec une certitude absolue, car la montagne finit toujours par recracher des corps ou des indices. Mais le temps passe, et rien ne remonte Ă la surface. Celle de la disparition volontaire, ensuite, alimentĂ©e par des signaux sur lesquels tout le monde sâaccorde: Julie voulait quitter Auxerre, se rapprocher de la nature pour y vivre une nouvelle vie. Dans des Ă©changes dâe-mails avec Caroline Bright, elle explique ainsi clairement que son voyage de dĂ©cembre 2012 pour fĂȘter Yule lui a permis de prospecter dans le coin en vue dâune future installation. Mais on peut aussi regarder cela sous un autre angle: tout le monde le dit aussi, la Julie dâavant disparition pouvait parfois tenir des propos confus et sâĂ©parpiller ; et puis, qui nâa pas dit un jour quâil ou elle voulait changer de vie, sans pour autant passer Ă lâacte? La disparition, Michel Ruiz nâen fait pas, au fond, une piste prioritaire. Son raisonnement se veut simple, rationnel, logique: dâune part, Julie Ă©tait proche de sa mĂšre et ne lâaurait sans doute pas laissĂ©e sans nouvelles ; dâautre part, et surtout, on ne disparaĂźt pas comme ça en laissant dans sa voiture les vivres que lâon vient dâacheter. De son cĂŽtĂ©, plus le temps passe, moins Betty Lefebvre y croit, mĂȘme si cela signifierait que Julie nâest pas morte. Elle est persuadĂ©e quâen effet, jamais sa fille ne lâaurait rayĂ©e de son existence de cette maniĂšre, sans lui envoyer ne serait-ce quâun signe prouvant quâelle Ă©tait encore en vie. Par ailleurs, il faut des preuves tangibles pour conclure Ă une disparition volontaire. Or, ici, il nây a que des conjectures. Ce qui se rapproche le plus dâun indice allant dans le sens de cette explication se trouve dans le PV dâaudition numĂ©ro 00940, datĂ© du 3 mars 2014. Il contient la retranscription de lâaudition dâOlivier Thibaut, lâami de la famille, pour le moins dĂ©routante. Olivier Thibaut explique avoir croisĂ© Julie en juillet Ă Auxerre avant quâelle parte sur les routes. Selon le rĂ©cit quâil fait de la rencontre, elle lui aurait expliquĂ© briĂšvement quâelle en avait marre de sa vie et quâelle avait envie de partir dans la forĂȘt pour y vivre en autarcie complĂšte, avec un groupe au sein duquel elle connaissait quelquâun. Mais il y a un mais. Olivier Thibaut raconte avoir entendu le mot âArdĂšcheâ comme destination possible, et non âAriĂšgeâ. Comme il a âdes difficultĂ©s dâauditionâ, il dit quâil a pu mal entendre. Mais pas sĂ»r non plus. Que conclure dâun tel tĂ©moignage? Michel Ruiz lâa considĂ©rĂ© avec sĂ©rieux. Il a demandĂ© Ă des brigades locales de sonder les communautĂ©s alternatives identifiĂ©es de la rĂ©gion, mais ce travail nâa rien donnĂ©. Et quand les investigations vacillent, câest une rĂšgle: il faut sâen tenir aux faits, rien quâaux faits. Continuer dâavancer dans le couloir.
















