Julie Michel a disparu (3/3) | Society
EnquĂȘte

Julie Michel a disparu (3/3)

TroisiĂšme et derniĂšre partie de l'enquĂȘte sur la disparition de Julie Michel en 2013.
  • Julie CANTERRANNE
  • 26 min.
  • EnquĂȘte
Un chemin enneigé mÚne vers une montagne couverte de neige, entourée d'arbres dénudés.
 Photos : Guillaume RiviĂšre pour Society

  Épisode prĂ©cĂ©dent : Julie Michel a disparu (2/3) 

6. Sur la route de Massat

L’adjudant-chef Michel Ruiz aime comparer une enquĂȘte Ă  un long couloir rempli de portes. Chaque porte donne sur une piste Ă  creuser. Une fois que l’on peut considĂ©rer que l’ouverture de l’une n’a rien donnĂ©, on la referme et on passe Ă  la suivante, et ainsi de suite. Lorsque l’annĂ©e 2015 arrive, trois portes seulement restent trĂšs lĂ©gĂšrement entrouvertes. Celle de l’accident, d’abord, une hypothĂšse que l’on ne peut pas Ă©carter avec une certitude absolue, car la montagne finit toujours par recracher des corps ou des indices. Mais le temps passe, et rien ne remonte Ă  la surface. Celle de la disparition volontaire, ensuite, alimentĂ©e par des signaux sur lesquels tout le monde s’accorde: Julie voulait quitter Auxerre, se rapprocher de la nature pour y vivre une nouvelle vie. Dans des Ă©changes d’e-mails avec Caroline Bright, elle explique ainsi clairement que son voyage de dĂ©cembre 2012 pour fĂȘter Yule lui a permis de prospecter dans le coin en vue d’une future installation. Mais on peut aussi regarder cela sous un autre angle: tout le monde le dit aussi, la Julie d’avant disparition pouvait parfois tenir des propos confus et s’éparpiller ; et puis, qui n’a pas dit un jour qu’il ou elle voulait changer de vie, sans pour autant passer Ă  l’acte? La disparition, Michel Ruiz n’en fait pas, au fond, une piste prioritaire. Son raisonnement se veut simple, rationnel, logique: d’une part, Julie Ă©tait proche de sa mĂšre et ne l’aurait sans doute pas laissĂ©e sans nouvelles ; d’autre part, et surtout, on ne disparaĂźt pas comme ça en laissant dans sa voiture les vivres que l’on vient d’acheter. De son cĂŽtĂ©, plus le temps passe, moins Betty Lefebvre y croit, mĂȘme si cela signifierait que Julie n’est pas morte. Elle est persuadĂ©e qu’en effet, jamais sa fille ne l’aurait rayĂ©e de son existence de cette maniĂšre, sans lui envoyer ne serait-ce qu’un signe prouvant qu’elle Ă©tait encore en vie. Par ailleurs, il faut des preuves tangibles pour conclure Ă  une disparition volontaire. Or, ici, il n’y a que des conjectures. Ce qui se rapproche le plus d’un indice allant dans le sens de cette explication se trouve dans le PV d’audition numĂ©ro 00940, datĂ© du 3 mars 2014. Il contient la retranscription de l’audition d’Olivier Thibaut, l’ami de la famille, pour le moins dĂ©routante. Olivier Thibaut explique avoir croisĂ© Julie en juillet Ă  Auxerre avant qu’elle parte sur les routes. Selon le rĂ©cit qu’il fait de la rencontre, elle lui aurait expliquĂ© briĂšvement qu’elle en avait marre de sa vie et qu’elle avait envie de partir dans la forĂȘt pour y vivre en autarcie complĂšte, avec un groupe au sein duquel elle connaissait quelqu’un. Mais il y a un mais. Olivier Thibaut raconte avoir entendu le mot “ArdĂšche” comme destination possible, et non “AriĂšge”. Comme il a “des difficultĂ©s d’audition”, il dit qu’il a pu mal entendre. Mais pas sĂ»r non plus. Que conclure d’un tel tĂ©moignage? Michel Ruiz l’a considĂ©rĂ© avec sĂ©rieux. Il a demandĂ© Ă  des brigades locales de sonder les communautĂ©s alternatives identifiĂ©es de la rĂ©gion, mais ce travail n’a rien donnĂ©. Et quand les investigations vacillent, c’est une rĂšgle: il faut s’en tenir aux faits, rien qu’aux faits. Continuer d’avancer dans le couloir.

L'affaire Julie Michel

Society #271

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