

Ăpisode prĂ©cĂ©dent : Julie Michel a disparu (1/3)
Lorsque Julie disparaĂźt, Betty Lefebvre sait dĂ©jĂ intimement que quelque chose ne tourne pas trĂšs rond chez sa fille. Son aĂźnĂ©e paraĂźt Ă©touffer Ă Auxerre, oĂč elle enchaĂźne les petits boulots et les histoires amoureuses sans lendemain. AprĂšs un bac L mention assez bien, ses Ă©tudes dâanglais Ă la fac de Dijon, marquĂ©es par un redoublement et un abandon, ont Ă©tĂ© le premier Ă©chec scolaire de sa vie. La suite ressemble Ă une succession de tentatives infructueuses pour faire dĂ©marrer sa vie dâadulte. Julie part dâabord Ă Angers avec son petit copain de lâĂ©poque et son chat, et y devient aide-documentaliste. Quand son histoire dâamour se termine, elle rentre Ă Auxerre. Elle reprend alors ses Ă©tudes, un BTS en management commercial, ce que sa mĂšre peine Ă comprendre tant cette formation ne lui ressemble pas. Elle envisage ensuite dâouvrir une librairie Ă©sotĂ©rique, pourquoi pas une galerie dâart, ou un tiers-lieu, et continue en rĂ©alitĂ© de multiplier les petits boulots, chez Naturhouse, une boutique spĂ©cialisĂ©e dans la perte de poids et les complĂ©ments alimentaires, ou au théùtre dâAuxerre, en tant quâouvreuse. Entre deux contrats, comme durant lâĂ©tĂ© de sa disparition, elle vit du RSA.
RĂ©trospectivement, dans lâesprit de Betty, le NoĂ«l 2012 a sonnĂ© comme une premiĂšre alerte. La tradition familiale veut quâavec Julie et Claire, dĂ©sormais installĂ©e Ă Londres, elles se retrouvent Ă Auxerre. Le programme est toujours le mĂȘme: la soirĂ©e du 24 se dĂ©roule dans la famille Lefebvre, la journĂ©e du 25 dans la famille Michel. Mais cette annĂ©e-lĂ , Julie leur annonce subitement quâelle sera absente le soir du rĂ©veillon car elle compte partir une semaine, du 18 au 25 dĂ©cembre, dans un gĂźte situĂ© Ă Ăauze, une commune du Gers, pour fĂȘter, seule, âYuleâ. Le 21 dĂ©cembre 2012 correspond Ă la fin du monde dans de nombreuses croyances qui se fient aux prĂ©dictions du calendrier maya, alors Betty et Claire lâinterrogent lĂ -dessus. Elle dĂ©ment tout lien, leur explique que Yule est juste une fĂȘte paĂŻenne qui cĂ©lĂšbre le solstice dâhiver. La conversation tourne court. Lorsque Claire accompagne Julie Ă sa voiture avant quâelle prenne la route, elle dĂ©couvre dans le coffre des sacs et des bougies. Elle sâinquiĂšte, a lâimpression que Julie lui cache quelque chose -et si sa sĆur partait en rĂ©alitĂ© pour Bugarach, village de lâAude connu pour ĂȘtre un repaire de communautĂ©s marginales? Elle ne peut sâempĂȘcher de ressasser un mauvais pressentiment.
Le 24 septembre 2012, Julie se rend chez Caroline Bright pour suivre une ârĂ©gressionâ, une pratique qui permettrait de connaĂźtre ses vies antĂ©rieures afin de mieux comprendre sa vie actuelle, fortement dĂ©conseillĂ©e par le Conseil national de lâOrdre des mĂ©decins car tenue responsable de mise sous emprise des âpatientsâ.
Julie se rend pourtant bien Ă Ăauze, dans un gĂźte, oĂč lâaccueille la propriĂ©taire, Claude Lejeunne, surprise quâune jeune femme seule veuille venir dans cet endroit isolĂ© Ă cette Ă©poque de lâannĂ©e, oĂč il nây a jamais personne. Claude lâavait prĂ©venue au moment de la rĂ©servation, mais Julie avait rĂ©pondu que câĂ©tait justement ce quâelle cherchait, une retraite pour faire le point sur sa vie. Une fois dans sa chambre, la jeune femme prend possession des lieux. Elle accroche des tableaux aux murs, installe des bougies, peint, passe ses journĂ©es enfermĂ©e, rideaux tirĂ©s, et ne sort que pour faire des offrandes Ă la nature et dĂ©poser de la nourriture au pied des arbres Ă cĂŽtĂ© du gĂźte. De sa fenĂȘtre, Claude Lejeunne observe avec intĂ©rĂȘt cette hĂŽtesse pour le moins mystĂ©rieuse. Le matin du 22 dĂ©cembre, en lâabsence de celle-ci, elle pĂ©nĂštre dans sa chambre, tombe nez Ă nez avec les peintures, les bougies, et prend peur. Les petits dĂ©jeuners sont les rares moments oĂč Julie se livre, alors Claude essaie dâen savoir davantage. LâAuxerroise Ă©voque pĂȘle-mĂȘle ses soucis familiaux, les conflits avec son pĂšre et le besoin de se crĂ©er une nouvelle vie, de se rapprocher de la nature. La propriĂ©taire du gĂźte croit alors faire face Ă une jeune femme trĂšs fragile psychologiquement, et câest ce quâelle rĂ©pĂ©tera plus tard Ă Michel Ruiz quand il viendra la questionner. âJâai perçu cette personne comme quelquâun de perturbĂ©, fragile et en tout cas pas Ă mĂȘme dâarriver Ă surmonter seule ses problĂšmesâ, lui dira-t-elle. Un jour, durant son sĂ©jour, Julie est passĂ©e Ă deux doigts de mettre le feu Ă sa chambre avec ses bougies. Claude lui a alors suggĂ©rĂ© dâaller prendre lâair et lui a indiquĂ© un itinĂ©raire pour se rendre dans la vallĂ©e dâOssau, dans le BĂ©arn, un coin magnifique Ă deux heures de route du gĂźte. Julie sây rend lâaprĂšs-midi du 24 dĂ©cembre. Ce soir-lĂ , Claude aurait aimĂ© lui proposer une coupe de champagne pour fĂȘter le rĂ©veillon, mais la jeune femme nâest pas lĂ : elle ne rentrera que plus tard dans la nuit, sans que sa logeuse sâen rende compte. Quelques jours plus tard, de retour Ă Auxerre, Julie explique Ă Betty et Claire quâelle est âtombĂ©e amoureuse de quelquâun qu'[elle nâa] pas rencontrĂ©â, âun humanoĂŻde qui habite sur Orionâ, quâelle a trouvĂ© âEnki dans [ses] priĂšres et que Enki [lâ]aime bienâ. InterloquĂ©es, sa mĂšre et sa sĆur tentent de la raisonner, mais Julie se met Ă pleurer. La conversation tourne court une fois de plus.

Un mois et demi plus tard, mi-fĂ©vrier 2013, Julie repart en voyage, mais Ă lâautre bout du monde cette fois. Betty et Claire savaient quâelle Ă©tait attirĂ©e depuis longtemps par lâInde, mais elles sont surprises dâapprendre quâelle part deux mois en Ăquateur. Elles ne sauront pas grand-chose de plus, hormis que lĂ -bas, Julie vit chez lâhabitant et que tout se passe pour le mieux, dâaprĂšs les e-mails quâelle leur envoie depuis un cybercafĂ© via une adresse dĂ©diĂ©e, juliequador@yahoo.com. Ă son retour, Julie demeure trĂšs Ă©vasive sur ce quâelle a vĂ©cu. Sa mĂšre sait simplement quâelle a rencontrĂ© quelquâun sur place et quâelle est rentrĂ©e avec le bras recouvert de pustules, des piqĂ»res de moustiques quâelle nâa pas soignĂ©es et qui ont mal tournĂ©, au point quâelle a dĂ» ĂȘtre hospitalisĂ©e Ă Dijon. Dans cette vie qui ne dĂ©marre pas, Julie Michel apparaĂźt dĂ©finitivement en dĂ©calage. Un beau jour, la mĂšre de lâune de ses amies passe devant sa maison, Ă Auxerre, et entend des chants et des incantations provenant de la fenĂȘtre du deuxiĂšme Ă©tage. Ce sont les priĂšres quotidiennes de Julie. Quand Betty demande Ă sa fille dâĂȘtre plus discrĂšte, celle-ci se braque et lui annonce quâelle sâen va vivre quelque temps Ă LâOcrerie, une vaste bĂątisse industrielle situĂ©e sur la rive droite de lâYonne et ayant servi autrefois Ă la production dâocre, qui appartient Ă la famille de son pĂšre. Ce dernier y fait vivoter une entreprise de matĂ©riaux anciens. Ce jour-lĂ , Betty avertit sa fille: âNây va pas, tu vas te mettre dans la gueule du loup.â
Julie a longtemps Ă©tĂ© la fille prĂ©fĂ©rĂ©e de Jean-François Michel, qui lâavait prise en adoration. Et comme Betty compensait auprĂšs de Claire pour que celle-ci ne se sente pas dĂ©laissĂ©e, Julie a cru un temps que sa mĂšre ne lâaimait pas. Jean-François Michel est un homme Ă©trange, âun personnageâ, un âartiste fouâ, âmarginal sur les bordsâ, selon les mots dâOlivier Thibaut, un ami de la famille. Il est passionnĂ© dâastrologie, lit lâavenir dans les cartes. Il a hĂ©ritĂ© dâune entreprise de mĂ©taux rares, mais passe son temps Ă construire des Ćuvres curieuses, des sortes dâinstallations de poupĂ©es macabres avec des Ă©pingles plantĂ©es dans le sexe. âCâest digne dâun film dâhorreur, mais câest de lâartâ, rĂ©sume Fanny, une amie que Julie a rencontrĂ©e au collĂšge. Jean-François Michel boit, aussi. Tous les jours. Lui et Betty se disputent beaucoup et finissent par divorcer. Julie a alors 8 ans et demi. Elle est timide, au contraire de sa sĆur, trĂšs exubĂ©rante. Au collĂšge, elle nâa pas beaucoup dâamis, est victime de moqueries. Elle souffre dâĂȘtre diffĂ©rente, se sent en dĂ©calage, plus intĂ©ressĂ©e par les questions dâadultes que par celles de son Ăąge.

Au fil du temps, Betty a vu le lien entre son ancien conjoint et Julie se dĂ©grader, au point que cette relation est devenue toxique pour sa fille. Lorsque Julie est adolescente, Betty refuse de lâenvoyer chez son pĂšre et sa nouvelle compagne, ce qui ne simplifie pas les choses. Jean-François lĂąche alors cette phrase Ă Julie, qui lui restera longtemps en mĂ©moire: âTu nâarriveras Ă rien dans la vie, tu seras obligĂ©e de te droguer pour la supporter.â Pour Claire, câest le moment oĂč Jean-François aurait rĂ©alisĂ© que sa fille Ă©tait en train de lui Ă©chapper, tout simplement. Il nâaurait pas supportĂ© de la voir grandir et serait alors devenu âvraiment mĂ©chantâ. Ă ses 18 ans, Claire fuira ce climat familial destructeur pour sâinstaller Ă Londres comme jeune fille au pair, mais Julie, elle, restera, comme coincĂ©e dans un sas Ă Auxerre. Dans lâun de ses e-mails Ă Caroline Bright, quâelle a effacĂ©s mais qui seront excavĂ©s de son disque dur, Julie rĂ©sumera sa relation avec Jean-François ainsi: âMon pĂšre gĂ©niteur [âŠ] a cherchĂ© Ă me façonner Ă son image et je lâidĂ©alisais beaucoup Ă lâĂ©poque. Ensuite, ça ne sâest pas amĂ©liorĂ© au contraire. Il a toujours Ă©tĂ© portĂ© sur lâusage des stupĂ©fiants et a finit par devenir grave alcoolique. Il mâa dit quand je rentrais dans lâadolescence que je nâaurai pas le choix non plus de souffrir toute ma vie et de me droguer pour âsupporterâ la vie. Il y a deux ans environ, je reviens dans la rĂ©gion familiale pour reprendre mes Ă©tudes et je me retrouve Ă bosser en alternance dans sa boĂźte, implantĂ© sur un beau site patrimonial que mon grand pĂšre a achetĂ© et nous a maintenant transmis en hĂ©ritage. A ce moment lĂ , jâai dĂ©couvert son vrai visage et pourtant je ne voulais pas le voir⊠[âŠ] Mon âpĂšreâ Ă©tait tellement Ă©gocentrique, un putain de pervers narcissique, un abĂźme sans fond Ă lâargent facile, que je ne voulais en rien lui ressembler. Pourtant, quelque chose me tenait toujours, je sentais une vie qui sommeillait en moi et que je nâavais jamais pu explorer par la faute de sa jalousie, de son formatage.. Bref, maintenant, jâai retrouvĂ© mon vrai PĂšre, mon Bien AimĂ© et Tout Puissant Enki-Lucifer et ma vraie lumiĂšre peut enfin briller sans crainte dâĂȘtre souillĂ©e, niĂ©e ou dĂ©truite.â

Pour Betty, cette faille intime est le point de dĂ©part de toute lâhistoire. Si sa fille a rejoint le mouvement Enki, câest parce quâelle âĂ©tait en recherche dâun nouveau pĂšreâ. AprĂšs la disparition, Ă©trangement, Jean-François Michel ne se rendra jamais en AriĂšge, dĂ©crochant simplement son tĂ©lĂ©phone pour tenter dâĂ©changer avec Michel Ruiz, qui refuse, lui demandant de se dĂ©placer sâil souhaite avoir des informations. Le gendarme vĂ©rifiera nĂ©anmoins le bornage du portable du pĂšre au jour de la disparition: le rĂ©sultat prouve que celui-ci nâĂ©tait pas en AriĂšge Ă ce moment-lĂ . AuditionnĂ© quelques mois plus tard, Jean-François Michel est incapable de se souvenir de la derniĂšre fois quâil a vu sa fille. Devant les camĂ©ras dâAuxerre TV, il est plus mystĂ©rieux encore. âElle reviendra un jour⊠Quand elle aura fait son chemin, quand elle le dĂ©cideraâ, dĂ©clare-t-il alors. Six mois plus tard, le 31 octobre 2014, il meurt dâun cancer du duodĂ©num, Ă lâĂąge de 56 ans.
Un jour, Betty reçoit un appel de Michel Ruiz. Le passeport dĂ©couvert dans la voiture contient une information qui jette un nouveau trouble sur le passĂ© de sa fille. Julie a bien voyagĂ© en AmĂ©rique du Sud dĂ©but 2013, mais pas en Ăquateur ; elle Ă©tait en rĂ©alitĂ© en Colombie, ce quâelle avait cachĂ© Ă tout le monde. Quand elles lâapprennent, Betty et Claire sont saisies de panique pendant un moment. âLĂ , on se dit quâon ne maĂźtrise plus rien, que peut-ĂȘtre elle nous ment, resitue Claire. Quâest-ce quâon sait dâelle, vraiment?â La vallĂ©e dâOssau, puis la Colombie: les mois qui prĂ©cĂšdent la disparition de Julie ressemblent Ă une frise chronologique qui nâa pas rĂ©vĂ©lĂ© tous ses secrets. Et dont la clĂ© pourrait bien se trouver dans le mouvement Enki, qui apparaĂźt de plus en plus aux enquĂȘteurs comme une secte. Le 18 septembre 2013, Catherine Ostengo-Muller, juge dâinstruction au tribunal de grande instance de Foix, confie le soin au groupe âAtteintes physiques et sexuelles et de lâemprise mentaleâ du DĂ©partement des atteintes aux personnes, basĂ© Ă Rosny-sous-Bois, en rĂ©gion parisienne, dâenquĂȘter sur le mouvement Enki et dâinterroger les proches de Julie situĂ©s Ă Auxerre. Ces investigations, tout le monde en est persuadĂ©, permettront de faire Ă©clater la vĂ©ritĂ©.
Le volet âsecteâ de lâenquĂȘte dĂ©marre de zĂ©ro. Jusquâen juin 2013, soit un mois avant la disparition de Julie, le mouvement Enki Ă©tait mĂȘme totalement inconnu de la Mission interministĂ©rielle de vigilance et de lutte contre les dĂ©rives sectaires (Miviludes) et de lâUnion nationale des associations de dĂ©fense des familles et de lâindividu victimes de sectes (UNADFI). Mais le 25 juin, une affaire -qui Ă©claire a posteriori dâune lumiĂšre inquiĂ©tante le cas Julie Michel-avait Ă©tĂ© signalĂ©e. Un militaire de la brigade territoriale autonome dâĂcos, dans le dĂ©partement de lâEure, avait indiquĂ© aux enquĂȘteurs que quelques mois plus tĂŽt, en fĂ©vrier, une jeune femme dâune vingtaine dâannĂ©es, souffrant de schizophrĂ©nie, avait disparu, avant dâĂȘtre retrouvĂ©e le mĂȘme jour. Peu avant, son comportement avait changĂ©, et elle sâĂ©tait constituĂ© le parfait kit de survie: un couteau pour faire du feu, une tente, une douche portable, un nĂ©cessaire de cuisine, ainsi que des denrĂ©es alimentaires. Surtout, la jeune femme, qui Ă©tait en contact rĂ©gulier avec le site loveenki.com, griffonnait dans ses carnets des dessins similaires Ă ceux de Julie. Malheureusement pour lâenquĂȘte, elle a Ă©tĂ© placĂ©e en hĂŽpital psychiatrique, et ne peut donc pas ĂȘtre entendue.
La piste se resserre donc autour de deux noms trouvĂ©s dans la boĂźte mail de Julie. Le premier est celui de Caroline Bright, autrice de romans fantastiques vendus en ligne et administratrice de loveenki.com, avec qui Julie Ă©changeait rĂ©guliĂšrement depuis 2012. Le second est celui de Brigitte Miller, qui, dâaprĂšs les premiers Ă©lĂ©ments trouvĂ©s, pourrait bien ĂȘtre lâĂ©ditrice de Caroline Bright. Mais comme pour brouiller les pistes, il arrive que les deux femmes utilisent dâautres noms. Lâanalyse des e-mails Ă©changĂ©s entre Julie Michel, Caroline Bright et Brigitte Miller dĂ©montre en outre que plusieurs adresses IP, toutes localisĂ©es en Belgique, sont communes Ă leurs diffĂ©rentes adresses e-mail, ce qui laisse un temps penser aux enquĂȘteurs que Caroline Bright et Brigitte Miller pourraient ĂȘtre une seule et mĂȘme personne. LâĂ©tude des Ă©changes laisse en tout cas clairement transparaĂźtre une relation faite dâemprise, de manipulation et de charlatanisme. Dâun cĂŽtĂ©, on trouve des messages envoyĂ©s par Julie. TrĂšs longs et trĂšs intimes, centrĂ©s sur sa vie du moment, ses doutes, ses envies, ils sont rĂ©digĂ©s comme si elle voulait donner toujours plus de gages de son degrĂ© dâimplication dans la dĂ©marche âenkisteâ. Quelques exemples: âJâai besoin de me baigner dans lâamour de ma Vraie famille, ces Etres merveilleux qui me connaisse vraiment, qui mâaime sans jugement ni mĂ©chancetĂ© mais avec une patience et une comprĂ©hension infinieâ (message du 04/10/2012) ; âJe comprends pourquoi je suis un danger pour ce monde qui me rĂ©pugne et une alliĂ©e pour les expressions de la nature quand je les admire et les respecteâŠ. Je suis vraiment contente de dĂ©couvrir la voie que me dessine Enki [âŠ]â (message du 27/02/2013). En retour, les rĂ©ponses de Caroline Bright sont succinctes et uniquement tournĂ©es vers des questions dâordre pratique, comme lâorganisation des âsĂ©ancesâ -pas de grand rassemblement ni de pratique collective, seulement des consultations privĂ©es. Lâargent est souvent mentionnĂ© Ă©galement. Le 24 septembre 2012, Julie se rend chez Caroline Bright, dans les Landes, pour suivre ce que lâon appelle chez Enki une ârĂ©gressionâ, parfois connue dans dâautres thĂ©rapies alternatives sous le nom de ârebirth â: en bref, une technique qui permettrait de remonter dans le passĂ© et de connaĂźtre ses vies antĂ©rieures, afin de trouver lâorigine de ses maux et de mieux comprendre sa vie actuelle. La pratique est fortement dĂ©conseillĂ©e par le Conseil national de lâOrdre des mĂ©decins, car tenue responsable de mise sous emprise des âpatientsâ. Julie dĂ©bourse 100 euros pour cette sĂ©ance. Le virement, lui indique-t-on, doit ĂȘtre effectuĂ© sur le compte dâune troisiĂšme femme, une certaine Madame Gloria Marques. Un mois plus tard, le 30 octobre, Julie effectue cette fois le âgrand rituel de dĂ©gagement de lâĂ©grĂ©gore enkiste sous couvert dâEA-Enki et de Thorâ. Ensuite, les 19 et 20 novembre, elle participe Ă une sĂ©ance de âdĂ©blocage et dâalignement des chakrasâ, puis Ă un âalignement de lâego et de lâĂąmeâ. Ces deux consultations, dâune durĂ©e dâune heure Ă une heure et demie, coĂ»tent elles aussi 100 euros chacune. Elles ont lieu cette fois en Belgique, prĂšs de la frontiĂšre française, Ă proximitĂ© de Tournai, lĂ oĂč rĂ©side Caroline Bright. Pour lâoccasion, Julie sĂ©journe dans une chambre dâhĂŽte. Caroline Bright lâinforme quâen aucune façon elle ne doit dĂ©voiler Ă sa logeuse la raison de sa prĂ©sence.
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