

De maniĂšre presque concomitante, un anniversaire cĂ©lĂ©brĂ© sur les terres du nouveau monde et de sinistres enterrements du cĂŽtĂ© de lâancien. Le 17 octobre dernier, Justin Trudeau, Premier ministre canadien pas encore dĂ©missionnaire, soufflait les bougies sur le rĂ©seau X: âĂ pareille date, il y a six ans, nous avons modifiĂ© une loi dĂ©suĂšte, privĂ© les criminels de leurs profits et fait de nos communautĂ©s des endroits plus sĂ»rs. Nous avons lĂ©galisĂ© le cannabis partout au Canada.â Une semaine plus tard, en France, Bruno Retailleau prenait la parole devant les sĂ©nateurs aprĂšs les fusillades de Rennes, Poitiers et Marseille: âQuand on fume du cannabis ou quâon prend son rail de coke, on est un peu responsable des rĂšglements de comptes.â Le ministre de lâIntĂ©rieur annonçait dans la foulĂ©e faire de la lutte contre le narcotrafic sa âgrande cause nationaleâ, les mĂąchoires serrĂ©es et avec le mĂȘme ton martial que son prĂ©dĂ©cesseur, GĂ©rald Darmanin. Ironie du sort, les deux hommes se retrouvent aujourdâhui Ă deux postes clĂ©s du nouveau gouvernement Bayrou: IntĂ©rieur encore pour Retailleau, Justice pour Darmanin. Autant dire quâaucune inflexion sur le sujet nâest Ă prĂ©voir pour 2025.
Ă lâimage du Canada il y a six ans, la plupart des pays dâEurope occidentale sâorientent pourtant petit Ă petit vers une pragmatique sortie de la prohibition du cannabis. Certains, comme lâAllemagne, le Luxembourg ou Malte, ont pris le chemin de la lĂ©galisation. Les autres, sâils nâont pas franchi ce cap, sâĂ©loignent au moins dâune doctrine de chasse aux consommateurs qui semble, au fil des annĂ©es, avoir prouvĂ© son inefficacitĂ© dans la rĂ©duction du trafic et des violences quâil engendre. Tous les pays sauf un, donc. Un village gaulois qui accumule les morts, les rĂšglements de comptes et les amendes forfaitaires impayĂ©es de la part des consommateurs, lĂ oĂč ailleurs, on a admis que ces derniers nâĂ©taient pas des dĂ©linquants.








