


Bobigny - Pablo Picasso (ligne 5)
“C’est la station où je m’arrêtais pour aller chez ma grand-mère maternelle. J’allais la voir tous les week-ends, en métro avec ma mère, depuis le XIe, où l’on habitait. On y retrouvait les quatre frères de ma mère, une quinzaine de cousins, on partageait un grand couscous, et l’après-midi s’étirait. À la marocaine. C’est le cocon familial dans lequel j’ai grandi jusqu’à mes 8 ans, quand elle est décédée. J’étais très proche de ma grand-mère. Elle représentait vraiment pour moi la culture marocaine, à laquelle je suis très attachée. Elle me parlait en arabe, en darija, un truc que j’ai perdu aujourd’hui et que j’aimerais réapprendre.”

Gallieni (ligne 3)
“Quand j’avais 14 ans, ma mère a déménagé à Gallieni pour avoir plus grand. J’étais fière d’elle, car ça représentait sa réussite, elle qui était cheffe comptable dans une association, mais ça a été un peu particulier pour moi. Avant, dans le XIe, on avait une vie de quartier, mes copains habitaient à côté, on traînait après les cours, ma mère avait confiance. Et d’un coup, je me retrouve à Gallieni, un quartier pas encore gentrifié, où l’on ne connaissait personne, où il fallait que je rentre plus tôt, parce qu’en sortant du métro, tu as le périph et que ça craint un peu pour une jeune fille de 14 ans. Je pouvais moins aller aux soirées, je me sentais un peu exclue. Comme j’étais fille unique, que j’avais pas de potes dans le quartier, je passais beaucoup de temps seule dans ma chambre, et c’est là que j’ai commencé à créer des personnages. Je voyais un peu ma chambre comme un laboratoire, avec mon piano et mon portable pour me filmer. Je faisais des petites pièces de théâtre solo, je me filmais en train de jouer de la musique ou d’imiter une bourgeoise ou ma mère. Je postais ça sur Vine ou en story. C’étaient les prémices des vidéos Instagram qui m’ont fait connaître.”
















