

Rubrique-à-brac, de Gotlib (1968)
“Gotlib, c’est un humour très relié à mon père et à mon enfance. Mes deux parents étaient profs de lettres, donc j’ai appris à lire tôt. Ils étaient aussi de fervents communistes -ma mère est russo-polonaise-, et ils sont partis à l’est parce qu’ils pensaient y trouver un idéal. Bon, ils ont tout de suite compris que ce n’était pas le cas, ils n’étaient pas idiots, mais jusqu’à mes 12 ans et demi, j’ai vécu d’abord en Bulgarie, puis en Roumanie. On revenait en France une fois par an. J’avais une passion pour Gai-Luron. On avait un chien, un cocker roux qui s’appelait Ubu et qui lui ressemblait. C’était le seul cocker de Bucarest dans les années 1970. Ce personnage de chien qui a tant de réflexions philosophiques m’a placée dans une fiction, très petite, où j’imaginais énormément de choses sur mon chien. Je lisais aussi les Lucky Luke et les Astérix que mon père rapportait, mais pour moi, tout ça, c’était un monde que je ne connaissais pas. Les trucs d’une enfance qui n’était pas du tout la mienne.”

Fifi Brindacier, d'Astrid Lindgren (1945)
“J’ai un souvenir très, très fort de mes lectures de Fifi. J’ai été marquée par le monde sans adultes, la force surhumaine de l’héroïne et sa capacité à inventer un monde où il y a une horizontalité -enfin, ça, je le réalise maintenant, je ne voyais pas du tout ça comme ça à l’époque. Il se trouve que j’avais des nattes, aussi. Et vraiment, Fifi, c’était un modèle. Il y avait tellement d’insolence, c’était tellement politique! J’adore qu’une autrice, comme Astrid Lindgren ici, crée quelque chose d’accessible à tout le monde, qui n’annonce pas frontalement ce qu’elle pense, alors que sa pensée émane pourtant de tout. C’est ce que j’adore dans le roman, et c’est ce que j’essaye de faire. Je n’aime pas l’idée de ‘roman militant’ ni que la littérature soit instrumentalisée pour une cause, mais on écrit avec qui on est, et j’adore le fait qu’une fiction puisse suggérer autre chose.”






















