

S’il n’y avait que l’image, alors la scène correspondrait en tout point à l’idée que l’on peut se faire de journalistes réunis dans leurs bureaux parisiens pour la conférence de rédaction bimensuelle. Une dizaine de personnes sont assises autour d’une table afin de faire le point sur les sujets en cours. L’âge moyen dépasse à peine la trentaine. Il y a des tasses remplies de café trop long, des barbes plus ou moins entretenues, des jeans, une gourde, des gros pulls, des éclats de rire à la fin de certaines interventions. C’est en ajoutant le son que l’on réalise combien ce qui se dit ici ne ressemble à rien d’autre. “Est-ce qu’ils voudront bien signer l’enquête en leur nom ou bien c’est trop dangereux pour eux?” interroge l’un des deux rédacteurs en chef, Frédéric Métézeau. Il parle de journalistes tabassés en Asie, indique pour information le nombre de confrères et consœurs tués ces dernières années en Amérique du Sud. Une reporter prend ensuite la parole: elle est récemment entrée en contact avec une personne anonyme dans le cadre d’une enquête. Lobbyiste, militant(e) ou peut-être agent(e) du renseignement? Toute l’année, les reporters de Forbidden Stories sont confrontés à ce genre d’individus, alors personne, autour de la table, ne trouve cela étrange. Personne, non plus, n’a grand-chose de joyeux à dire.
































