

Ă Toronto, Ă lâangle des rues Yonge et Finch, lâamour est partout. Dans les milliers de mots griffonnĂ©s en hommage aux victimes, il est âcapable de tout rĂ©soudreâ, âplus fort que la haineâ, innocent et sincĂšre, naĂŻf et nĂ©vrotique, comme dans toutes les villes du monde aprĂšs une tuerie, un attentat. Il a les tons pastel des centaines de dessins dâenfant qui ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s lĂ . Les notes familiĂšres dâun All You Need Is Love des Beatles, entonnĂ© par des musiciens sur le trottoir. Et le parfum douceĂątre des bouquets de fleurs qui pourrissent sous plastique, au milieu des bougies consommĂ©es. Les inscriptions les plus anciennes nâont quâune vingtaine de jours, mais elles ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© effacĂ©es par la pluie et le soleil. âHeureusement, jâai mis des choses Ă lâabriâ, sourit Aras, un petit homme barbu et fin comme une allumette. Aras sâest improvisĂ© gardien de ce monument lui-mĂȘme improvisĂ©, quâil vient, matin et soir, raccommoder. Depuis la fenĂȘtre de son appartement, on aperçoit la rue Yonge: une grosse artĂšre bordĂ©e de tours dâimmeubles et de bureaux, qui traverse la ville du nord au sud. Câest lĂ que le 23 avril dernier, vers 13h20, Aras a vu un homme Ă©tendu par terre, lâair inconscient. Puis deux autres corps. Puis un quatriĂšme, plus bas. âJâai pensĂ© que ça devait ĂȘtre une sorte dâattentat, et en mĂȘme temps que non, ça nâavait aucun sens! Ici, câest un quartier rĂ©sidentiel, multiculturel, avec beaucoup de CorĂ©ens et dâIraniens, enfin je ne sais pas⊠ça nâa aucun sens!â
Le 23 avril, jâai immĂ©diatement pensĂ© Ă une attaque misogyne, je ne sais pas pourquoi. Je sentais quâil y avait quelque chose dans lâair
Elisabeth, militante féministe canadienne





