“Si nous pouvons rire ensemble, nous… | Society
Reportage

“Si nous pouvons rire ensemble, nous pouvons vivre ensemble”

Sous le nom de code “Styria” -contraction de “Syria” et “hysteria”-, un groupe de jeunes humoristes s'est mis en tête de traverser une Syrie morcelée pour y jouer du stand-up et révéler, un an après la chute de Bachar al-Assad, les nouvelles frontières de la liberté d'expression dans le pays. Society les a suivis.
  • Par Iris Lambert, en Syrie / Photos: Merlin Ferret
  • 14 min.
  • Reportage
Un groupe de personnes assises dans un café ou un bar, regardant quelque chose avec des expressions de joie et de rire. Il y a des bouteilles et des verres sur les tables et un miroir réfléchissant la scène.
 Photos : Merlin Ferret

Attablé devant des empilements de mezze, au centre des convives, Sharief Homsi tend le bras, attrape une carafe et se ressert une rasade d’un arak coupé aux glaçons. Il faut bien ça pour évacuer la tension. Dans la pièce saturée de fumée de cigarette, l’hilarité fuse, faisant trembler les corps poisseux de sueur de la troupe de copains entourant une longue table en bois chez Abu Hagop, l’un des plus célèbres restaurants de la vieille ville d’Alep. “Mon spectacle solo, je vais l’appeler Douze Heures de liberté, lâche finalement Sharief, avant de mitrailler ses voisins de table avec son rire aigu et saccadé. Douze heures: d’après lui, c’est le temps qu’aura duré la mince lueur d’espoir entre la chute de la dictature de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024, et la prise du pouvoir par les islamistes du groupe insurgé Hayat Tahrir al-Cham. De quoi nourrir tout de même, pour ne pas sombrer tout à fait, une réserve inépuisable de plaisanteries désabusées qu’il destine aux amateurs de stand-up qui viennent le voir opérer sur scène.

Society #272

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