

Attablé devant des empilements de mezze, au centre des convives, Sharief Homsi tend le bras, attrape une carafe et se ressert une rasade d’un arak coupé aux glaçons. Il faut bien ça pour évacuer la tension. Dans la pièce saturée de fumée de cigarette, l’hilarité fuse, faisant trembler les corps poisseux de sueur de la troupe de copains entourant une longue table en bois chez Abu Hagop, l’un des plus célèbres restaurants de la vieille ville d’Alep. “Mon spectacle solo, je vais l’appeler Douze Heures de liberté”, lâche finalement Sharief, avant de mitrailler ses voisins de table avec son rire aigu et saccadé. Douze heures: d’après lui, c’est le temps qu’aura duré la mince lueur d’espoir entre la chute de la dictature de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024, et la prise du pouvoir par les islamistes du groupe insurgé Hayat Tahrir al-Cham. De quoi nourrir tout de même, pour ne pas sombrer tout à fait, une réserve inépuisable de plaisanteries désabusées qu’il destine aux amateurs de stand-up qui viennent le voir opérer sur scène.















