Rance Europe Express | Society
Reportage

Rance Europe Express

AprĂšs avoir “fait Ă©lire” Donald Trump aux États-Unis, Steve Bannon, 64 ans, a dĂ©cidĂ© de traverser l'Atlantique. Et ce qu'il souhaite dĂ©sormais faire est terrifiant: conseiller dans l'ombre les nationalistes un peu partout en Europe, pour renverser encore une fois la table. Reportage Ă  ses cĂŽtĂ©s lors d'un week-end “rĂ©seautage” et Spritz Ă  Rome, alors que l'Italie tombait Ă  son tour dans les mains des populistes.
  • Par Anthony Mansuy
  • 29 min.
  • Reportage
Illustration pour Rance Europe Express
 Photos: Renaud Bouchez pour Society

Steve Bannon a ses habitudes en Italie. Lorsqu’il s’attable Ă  Rome, il commande invariablement trois expressos d’un coup. “Avec un verre d’eau chaude, s’il vous plaĂźt, demande-t-il aussi. Je me ferai moi-mĂȘme un cafĂ© Ă  l’amĂ©ricaine.” Un “americano”, en VO. En cette fin de printemps, l’ancien directeur de campagne de Donald Trump, devenu son Ă©phĂ©mĂšre “conseiller stratĂ©gique” Ă  la Maison-Blanche aprĂšs l’élection, a investi une terrasse haut perchĂ©e sur le toit du luxueux hĂŽtel RaphaĂ«l, Ă  deux pas de la Piazza Navona. Vue panoramique imprenable sur Rome, mais aussi sur la situation politique locale, sorte de rĂȘve mouillĂ© pour le populiste Bannon. En Italie, ces derniers mois, les partis de centre droit et de centre gauche se sont effondrĂ©s, et deux mouvements antisystĂšme ont signĂ© un accord de gouvernement autour de trois crises latentes: immigration, emploi et gouvernance europĂ©enne. Soit des thĂšmes similaires Ă  ceux qui ont envoyĂ© son ancien poulain, Donald Trump, Ă  Washington. Ce 1er juin, alors que le gouvernement de Giuseppe Conte vient d’entrer en fonction, l’agenda de l’AmĂ©ricain est rempli de rĂ©unions. Au programme, notamment, une rencontre avec Matteo Salvini, nouveau ministre de l’IntĂ©rieur et leader de la Lega (la Ligue), parti d’extrĂȘme droite. “Je connais trĂšs bien les gens de la Lega, se vante Bannon, chemise rayĂ©e noir et blanc curieusement boutonnĂ©e sur un polo orange. Et je leur ai dit que s’ils arrivaient Ă  s’allier avec une autre force populiste, comme le Mouvement 5 étoiles, ça pourrait servir Ă  unifier le mouvement populiste dans le reste du monde.”

Je peux lever de l’argent auprùs de n’importe qui! Et vous savez pourquoi? C’est parce que je leur en donne pour leur argent

Steve Bannon

C’est peu dire que l’ancien banquier d’affaires, producteur de cinĂ©ma et patron de presse, jubile. Plus tĂŽt dans la journĂ©e, il voyait Sven von Storch, l’un des pontes du parti d’extrĂȘme droite allemand Alternative fur Deutschland (AfD). Le lendemain, il Ă©changera avec Louis Aliot et JĂ©rĂŽme RiviĂšre, rĂ©cents auteurs d’un ravalement de façade au Front national, rebaptisĂ© dans le week-end Rassemblement national. Quelques jours plus tĂŽt, Bannon rencontrait aussi, Ă  Budapest, le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, et entrait sur scĂšne au son de Eye of the Tiger pour dĂ©livrer un discours Ă  l’invitation d’un dĂ©putĂ© de l’Union dĂ©mocratique du centre, parti suisse portant trĂšs mal son nom. Autant de lignes sur son agenda qui renvoient inlassablement aux mĂȘmes questions: Ă  quoi joue cet AmĂ©ricain sur le sol europĂ©en? Quels sont ses projets? AprĂšs avoir briĂšvement Ă©voquĂ© son idĂ©e “d’incarner l’infrastructure d’un mouvement populiste international” dans le New York Times en mars, Steve Bannon a reçu Society sur sa terrasse romaine pour approfondir pour la premiĂšre fois sa stratĂ©gie europĂ©enne. Et annoncer la couleur: il s’agit pour lui de multiplier les fronts afin de mener une “guerre culturelle” Ă  mĂȘme de dĂ©stabiliser l’ordre libĂ©ral europĂ©en. Une guerre dont il serait le gĂ©nĂ©ral en chef, bien sĂ»r. En clair, son message est le suivant: tout ce qui se passe de pire dans ce monde pour les “gauchistes”, c’est Ă  lui qu’on le doit, et ce n’est qu’un dĂ©but.

Society #85

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