Statues quo | Society
Reportage

Statues quo

À quelques mĂštres seulement du mont Rushmore, au cƓur du massif des Black Hills, la tribu Lakota a lancĂ© en 1948 l'Ă©dification d'un monument dĂ©diĂ© Ă  Crazy Horse, le cĂ©lĂšbre chef de guerre sioux qui a terrassĂ© le gĂ©nĂ©ral Custer. Le but? Éclipser les statues des prĂ©sidents amĂ©ricains. Soixante-quinze ans plus tard, comme un triste symbole, le chantier est toujours en cours.
  • Par Louis Borel et Serge Hastom - Photos: Nicolas Cortes
  • 14 min.
  • Reportage
L'image montre le Mont Rushmore avec ses sculptures célÚbres de quatre visages de présidents américains. En bas, une autre sculpture en cours de réalisation représente le visage d'un Amérindien, souvent associée au mémorial de Crazy Horse.
 Photos: Nicolas Cortes pour Society

C’est l’histoire d’un mec larguĂ© par sa meuf, en rage quit de son job, Ă  qui il ne restait plus que 174 dollars sur son compte, et qui n’a pas lĂąchĂ© l’affaire. À l’hiver 1948, en plein blizzard, Korczak ZióƂkowski part tous les jours Ă  l’assaut d’un pic de 172 mĂštres qu’il veut tailler Ă  mains nues pour en faire la plus grande sculpture du monde. “Ça prendra peut-ĂȘtre 100 ans, et alors? Une minute, une heure, un an, qu’est-ce que ça change?” Jour et nuit, le sculpteur fou avale 741 marches d’un escalier qu’il a dĂ©coupĂ© jusqu’au sommet d’une montagne, hisse Ă  lui seul 29 tonnes de bois de charpente et en fait descendre dix de granit, qu’il arrache Ă  coups de marteau-piqueur frĂ©nĂ©tiques. Quand Bouddha, son compresseur, tombe en rade au pied du massif, il fait l’aller-retour pour le relancer. Cela arrive jusqu’à neuf fois par jour. La barbe pousse, les Ă©paules s’épaississent, bientĂŽt il arrĂȘtera de compter les annĂ©es.

Society #232

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