Une extrĂ©mitĂ© du mĂštre ruban est tenue par Baçi et sa casquette de capitaine de navire ; lâautre par Nexhip Hysolakoj, qui sâarrĂȘte aprĂšs avoir fait une dizaine de mĂštres en ramassant tous les dĂ©chets sauvages quâil a trouvĂ©s sur les galets de la plage de San Nicolas. Bouteilles en plastique, canettes en aluminium, emballages en papier. Il les fourre dans un sac quâil pĂšse Ă lâaide dâune petite balance portative. Câest son prĂ©lĂšvement du jour pour mesurer la pollution sur lâĂźle de Sazan. DerriĂšre lui, une dizaine de trentenaires Ă©trangers viennent tout juste de descendre dâun semi-rigide qui diffuse une musique techno de
party boat. Ils balancent leurs vĂȘtements et plongent dans lâeau turquoise de lâĂźle du sud de lâAlbanie. Pour ajouter une couche de paradoxe balkanique Ă la scĂšne, un militaire en short et claquettes vient vaguement contrĂŽler qui vient de mettre un pied sur lâĂźle.
Sans beaucoup de motivation. LâĂźle de Sazan, Ă une heure de bateau de VlorĂ«, la grande ville du sud du pays des aigles, est pourtant un territoire exclusivement militaire. Depuis longtemps et pour toutes les puissances qui se sont succĂ©dĂ© sur ce bout de terre montagneux qui permet de contrĂŽler le canal dâOtrante, et donc lâaccĂšs Ă la mer Adriatique: VĂ©nitiens, Anglais, Grecs et surtout Italiens, pour qui lâĂźle a toujours reprĂ©sentĂ© un intĂ©rĂȘt stratĂ©gique.