
Deux types de frontières se superposent à la Parada, dernier arrêt avant le Venezuela en partant de Cúcuta, la capitale du département colombien Norte de Santander. Il y a celles, évidentes et concrètes, qui se matérialisent d’une part par le pont Simón-Bolivar, reliant les deux pays au-dessus des eaux saumâtres et boueuses de la rivière Táchira, et d’autre part par les trochas, des chemins de terre illégaux situés de part et d’autre du couloir officiel. Et puis il y a celles, plus sinueuses, que l’on nomme à demi-mot “les frontières invisibles”. Celles-ci marquent la délimitation tacite entre les territoires contrôlés par les groupes armés qui sévissent dans la zone: la structure criminelle vénézuélienne Tren de Aragua et la célèbre guérilla colombienne de l’Armée de libération nationale (ELN). C’est peu dire que pas grand-chose ne se passe dans la région sans que cette dernière intervienne. Argelis, 29 ans, en sait quelque chose. La jeune femme habite à San Antonio, dans l’État de Táchira, au Venezuela, et emprunte chaque jour une trocha pour aller acheter de la marchandise en Colombie, qu’elle rapporte ensuite à l’aide d’une charrette à bras jusqu’à l’épicerie où elle travaille. “Je dois payer 25 000 pesos (un peu moins de 6 euros, ndlr) à la guérilla pour avoir le droit de travailler, soupire-t-elle. Ils inspectent les cargaisons et nous examinent comme si nous étions des criminels.”

















