

Quand il fait son entrĂ©e dans lâenceinte du cafĂ© Bon Vivant, le bruit de fond semble devenir soudain plus lĂ©ger. MĂȘme lâassourdissante musique lounge paraĂźt moins forte. Les conversations sâarrĂȘtent quelques secondes. Les clients tournent la tĂȘte plus ou moins discrĂštement. Les serveurs saluent avec dĂ©fĂ©rence. Ă Pristina, capitale du Kosovo, Dukagjin Lipa est un homme que lâon remarque. Il y a la dĂ©gaine: perfecto, regard bleu intense et cheveux grisonnants coiffĂ©s en brosse. Mais surtout, Dukagjin, qui propose immĂ©diatement quâon lâappelle âDugiâ, est le pĂšre de lâidole nationale Dua Lipa. Une jeune fille qui a grandi entre Pristina et Londres et qui est devenue, cette annĂ©e, lâune des pop stars les plus cĂ©lĂšbres du monde: son album Future Nostalgia a cartonnĂ© un peu partout, plusieurs de ses tubes ont dĂ©passĂ© le milliard dâĂ©coutes sur Spotify, et Dua, dont le prĂ©nom signifie âamourâ en albanais, a Ă©tĂ© consacrĂ©e lors des Brit Awards. De quoi rendre fier tout son pays dâorigine, mais surtout un pĂšre qui a dĂ©sormais tombĂ© le cuir et pris place sur une banquette du cafĂ©, adossĂ© au mur en briques. âDua est un exemple et une ambassadrice pour ce pays, commence-t-il. Une inspiration pour la jeunesse kosovare et albanaise. Câest une si belle histoire que nos filles ont écrite.â âNosâ, car Dua Lipa nâest pas seule. RĂ©cemment, dâautres chanteuses originaires du Kosovo, comme Rita Ora âarrivĂ©e Ă Londres Ă lâĂąge de 1 anâ ou Era Istrefi, se sont emparĂ©es des charts et ont, elles aussi, engrangĂ© des centaines de millions de vues sur YouTube. La belle histoire dont parle Dukagjin, câest donc celle dâun pays dâĂ peine deux millions dâhabitants qui sâest soudainement mis Ă exporter des pop stars, un peu plus de 20 ans aprĂšs sâĂȘtre extirpĂ© dâune guerre terrible et treize ans aprĂšs avoir proclamĂ© une indĂ©pendance encore contestĂ©e.








