

CernĂ©e par lâodeur peu allĂ©chante du Lycra trempĂ©, Aliza, 35 ans, fait les cent pas dans la troisiĂšme chambre de son appartement parisien. Cette piĂšce initialement prĂ©vue pour un deuxiĂšme enfant, elle lâappelle pour lâinstant âle studio vĂ©loâ de NoĂ©, son mari du mĂȘme Ăąge. Ici sâĂ©tale le tancarville, avec les affaires de sport Ă©tendues âon nĂ©gligerait presque la vue sur la tour Eiffel. Autour dâAliza, les indices ne trompent pas: le home trainer prĂȘt à  ĂȘtre utilisĂ©, LâAtlas du vĂ©lo dans la bibliothĂšque, les boĂźtes de sneakers Nike. Elle poursuit la visite. Dans la salle de bains, les gourdes ont pris la place des produits de beautĂ©. Dans la cuisine, les placards sont dĂ©sormais remplis de complĂ©ments alimentaires et de gels Ă©nergĂ©tiques. Et dans lâentrĂ©e, trĂŽne encore un autre vĂ©lo. La trentenaire lâannonce dâemblĂ©e: âNoé a un profil dâaddict. Il ne pourrait pas juste avoir un hobby, il mâa dĂ©jĂ fait le coup avec le tennis il y a quelques annĂ©es.â
NoĂ© donne lâimage dâun pro. âJe nâen ai pas les capacitĂ©s physiquesâ, interrompt-il, en ligne depuis un train qui lâemmĂšne pourtant Ă une course qualificative pour les championnats du monde du cĂŽtĂ© de Perpignan, âune jolie course, 190 kilomĂštres et 3â000 de dĂ©nivelĂ©â. Il a intĂ©grĂ© un club, est devenu coach et cherche des sponsors. Son compte Instagram sâest transformĂ© en vitrine. Il y apparaĂźt en maillot rouge et noir, barbe de hipster et mollets sans poils, et y fait mĂȘme la publicitĂ© dâun gel pour mieux affronter lâeffort. Une semaine normale, entre les sessions Ă la maison, les sorties et le renforcement musculaire, NoĂ© consacre treize Ă 20 heures au sport. Chasseur dâappartements Ă son compte, câest peu dire quâil organise son temps autour du vĂ©lo. Parfois, Aliza craque. âTu prĂ©fĂšres le vĂ©lo Ă nousâ, lui dit-elle.








